Chapitre 1 : L’incident de la nuit du 24

Le soleil se levait à peine sur les campagnes françaises enneigées. Tout était calme. Une légère brise remuait les branches des arbres dénudés. Les oiseaux gazouillaient de concert dans leurs nids, semblant entonner une symphonie mélodieuse à cette tiédeur insolite. Les petits lapins sortaient timidement de leur terrier, leurs petites truffes humant lentement l’air vivifiant de cette aube d’hiver, leurs petites queues remuant rapidement dans l’azur. L’eau, dans le lit de la rivière, s’écoulait paisiblement, comme une pendule qui égraine le temps. Les poissons zigzaguaient entre les pierres au fond de l’onde cristalline, se cachaient entre des rochers couverts d’une fine pellicule de mousse, remontaient par intermittence vers la surface pour tenter de se sustenter des insectes intrépides qui voletaient sur l’étendue aqueuse. À perte de vue, le manteau blanc de l’hiver s’épandait dans les champs. Par endroits, la neige fondue semblait produire comme un accroc dans le tissu éburnéen. On aurait voulu recoudre par-dessus pour rapiécer ce patchwork et donner une homogénéité totale à cette lithosphère lactescente. Au fin fond du paysage se silhouettaient les linéaments des chaumières d’un modeste village. Ce bourg typique du milieu rural du Sud-ouest français s’éveillait lentement au rythme du soleil. Il n’était que huit heures du matin, mais déjà, les foyers s’allumaient et les cris de joie des enfants troublaient la quiétude de l’aurore.

En effet, dans les demeures, en ce 25 décembre, les bambins impatients se précipitaient sous le sapin, afin d’ouvrir les surprises laissées par le Père Noël…

Mais, à leurs grandes stupéfactions, sous l’arbre décoré, il n’y avait rien !

Des hurlements de douleur et de tourmente retentirent alors, s’élevant dans les airs, se mêlant les uns aux autres dans un tumulte sans nom, créant une cacophonie inédite pour un jour comme celui-ci. L’attente et l’ébahissement qui aurait du se produire un jour de Noël, lors de la découverte des cadeaux, cédait sa place au désespoir, à ce sale désespoir, qui semble s’accrocher à votre peau, salissant toutes les parties de votre être, vous ébranlant de toute part, rongeant jusqu’à votre âme.

Bientôt, la rumeur gagna tout le village : le Père Noël avait oublié de déposer les cadeaux aux pieds des sapins !

Puis, cette stupeur frappa de plein fouet un autre hameau, puis un autre, et encore un autre, et rapidement l’écho de cette nouvelle enfla sur toute une région. Des comités se créèrent de toute part, voulant à tout prix faire la lumière sur cette affaire hors norme. Pourquoi donc le Père Noël avait-il oublié de livrer ces cadeaux ? Quel était donc le mal qu’avaient pu causer ces enfants pour être ainsi privés de leurs surprises ?

***

Pendant ce temps là, au Shomoland, le pays des lutins, où d’ordinaire réside le Père Noël, l’atmosphère était à son comble : le Père Noël avait disparu !

Dans tous les coins, des smoubjs, des espèces de lutins, plus petits que les autres, couraient, criaient, s’agitaient en hurlant :

« Le vieux a disparu ! Le vieux a disparu ! »

Au Shomoland, ce pays magique et enchanteur, tous les habitants appelaient le Père Noël « Le vieux », mais tout le monde pensait en fait  « Le vieux con » (ou « la vieille merde », mais c’est un peu plus rare quand même).

Afin de faire la lumière sur toute cette affaire, une assemblée, tenue par toutes les figures importantes du pays, fut organisée.

La présidence était confiée à Harold Spetcher, le fabricant de jouets du Shomoland. Tous ces notables se réunirent autour d’une gigantesque table appelée « La table d’argent », car elle était en argent (comme quoi, c’est pas con).

Harold prit alors la parole :

« Mes amis, je pense que vous êtes au courant que le Père Noël a disparu ? À mon avis, il ne peut s’agir que d’un retard, le vieux a peut-être eu un accident ? »

« Ou il est bourré, comme à Noël dernier ! »

Tous les membres de la table firent Volte/Face (un film de John Woo) et regardèrent qui était l’auteur de cet affront. Il était intolérable que l’on puisse raviver cet épisode, même s’il était totalement vrai.

Les regards se braquèrent sur un petit homme aux oreilles pointues et à la figure violacée. Cet être se nommait Pingué, il appartenait à la race des Elfes du Shomoland oriental, qui est une région située entre le Shomoland occidental et le Shomoland océanique, tout près du désert du Youki, qui est désertique (normal me direz-vous pour un désert, mais tout de même, c’est important de préciser tout cela, ça peut être utile pour le déroulement de l’histoire, on ne sait jamais) et qui jouxte la mer du Greouloulou.

Harold qui était resté bouche bée devant une telle réplique cinglante reprit la parole :

« Pingué, il est inutile de parler de cela ! »

« Pourtant, dit l’Elfe, vous qui êtes tous rassemblés autour de cette table, vous devriez vous en souvenir. »

À ce moment-là, Strech, un petit nain…

MERDE !!!

C’est un pléonasme…

Je reprends…

À ce moment là, Strech, un pléonasme à la barbe noire demanda :

« Mais que s’est-il passé à Noël dernier ? Je n’avais pas encore de poils ni au cul, ni à la bite, donc forcément je n’étais pas présent dans cette assemblée remplie de vieilles barbes crasseuses, qui aiment s’écouter parler en se gavant de plats asiatiques importés illégalement… »

Pingué se racla la gorge et expliqua :

« L’année dernière, le Père Noël faisait, comme d’ordinaire, sa tournée des ba… euh… sa tournée des cheminées afin de déposer des cadeaux, lorsque, on ne sait pourquoi, le G.P.S de son traîneau s’est arrêté sur la Russie… Or, dans le plan Noël, il est bien stipulé dans la fiche C458/DFDF-46574687-87120395132, au paragraphe 6, alinéa 15, que tout arrêt du traineau, même pour une vidange des couilles (ou arrêt pipi, appelez-le comme vous voulez), ne doit pas excéder plus de 2 minutes 24 secondes. La tour de contrôle est resté près d’une heure à regarder l’écran où l’on voyait clairement que le traineau ne bougeait pas, on s’est rapidement inquiété (enfin surtout Harold, parce que moi, personnellement, j’en avais vraiment rien à foutre) et on a donc décidé d’envoyer un observateur, accompagné d’un docteur, au cas où le vieux nous faisait une attaque, et nous l’avons retrouvé dans un bar, complètement imbibé à la vodka. Après l’avoir dessaoulé, il nous a expliqué qu’il avait eu froid et qu’il pensait qu’en buvant un peu, cela le réchaufferait… »

« Quelque part, il n’avait pas tort, coupa Strech, au moins il a pu se réchauffer. »

« Pour ce qui est d’être chaud, je te rassure il était… Il nous a même dansé la lambada en enlevant ces affaires et en les faisant tournoyer… À la fin, il s’est retrouvé à poil, devant nous, en train de bander comme un chacal et s’astiquant le manche… »

« Oh la vision d’horreur !!! » hurla Harold.

« Ah non, il est rudement bien monté le vieux ! » continua Pingué.

« Ah oui ? »

« Je t’assure ! »

« Crédit Agricole ou Banque Populaire ? »

« Lequel te plait le plus ? »

« Je crois que je vais prendre la Banque Populaire »

« Tu assures comme mec ! »

« Je suis rassuré ! »

« Tu es sur ? »

« Je t’assure ! »

« Non, mais quelle assurance ce type !!! »

« Qu’est que t’as…sur…le nez ? »

« De la merde ! »

« Ça te va vachement bien ! »

« Merci. »

Un dialogue comme celui-ci m’a demandé trois heures de préparation, alors s’il vous plait…

RESPECT !

Je reprends…

Harold, qui avait hâte que cette discussion sur ce sujet se termine, prit la parole :

«De toute façon, il s’agit de toute autre chose, le traîneau n’est pas immobilisé en Russie, mais dans le sud de la France… »

« Et bien, ou est le problème, il se trombine la gueule au Pastis ! » dit Pingué.

Harold, qui avait fait semblant de ne pas entendre l’allusion graveleuse, mais aux combien pertinentes, de Pingué, poursuivit son explication :

« J’ai envoyé la recette de la tarte aux prunes à Tata Sandy… Je sais que vous vous en branlez tous, mais voilà !… J’ai aussi envoyé un observateur et un docteur sur les lieux du crash-test du Père Noël, afin qu’ils nous fassent un compte rendu de la situation. »

À ce moment précis (comme quoi, le hasard et un écrivain maniant vachement bien la narration, font bien les choses), la grosse porte en bois s’ouvrit en laissant entrer l’observateur affolé.

« Mais qu’est ce que c’est que ce bordel ? » hurla Harold.

L’observateur essayant de reprendre sa respiration bégaya :

« Le…le…le vieux… »

« Et bien quoi ? »demanda Harold.

« Il…il…il est…dans…sdkhghserktjldhtropyiuoipggeyytttyteyyuogyh…(Merde ! Excusez-moi, ce n’est pas l’observateur qui bégaye, c’est moi qui ai dérapé sur le clavier…)

Je reprends…

« Il…il…il…il est…d…da…dans…dans… »

« Un bar ? » questionna Pingué intéressé.

« No…non…il est…dans…dans…le…le… » (Putain que je ménage bien le suspense)

« Accouche merde !”, meugla Harold.

« …le coma… » conclut l’observateur en s’étalant par terre.

Pingué profita de la situation pour enchaîner :

« Et voilà ! Je l’avais bien dit, à force de picoler, le vieux nous a fait un coma éthylique. »

« Ta gueule toi connard de tout ramener à l’alcool ! » cria Harold.

***

Douze minutes et trente-trois secondes plus tard, ayant enfin réussi à ranimer l’observateur à l’aide d’un bonbon magique (oui parce que mine de rien on est quand même dans l’univers du fantastique au cas où vous l’auriez pas remarqué), l’assemblée se dissipa. Il ne restait plus qu’Harold, Pingué et l’observateur dans la grande salle en marbre. Le fabricant de jouets disposa trois chaises et demie dans un angle de la pièce.

Pingué, Harold et l’observateur s’installèrent. Après un moment de silence, Pingué largua une caisse, puis Spetcher prit la parole :

« Alors Sam (c’est l’observateur, suivez un peu, ce n’est pas compliqué pour le moment) que s’est il passé ? »

L’observateur se racla la gorge (comme on racle le fond d’un chiotte pas propre) et commença son récit :

« Après que tu m’ai envoyé avec le docteur dans le sud de la France, à Toulouse, nous… »

« C’est tout de même extraordinaire qu’il n’y ait pas de chiottes dans ces salles ! » coupa Pingué qui s’était levé de sa chaise et qui sautillait sur place.

« Mais qu’est-ce que tu fous debout à sauter comme ça ? » demanda Harold.

« Et bien figure toi que j’ai la merde au cul et, qu’en sautillant je l’aide à descendre, ainsi je m’économise les muscles de la raie. Tu devrais essayer c’est vachement excitant ! » expliqua l’Elfe.

« En fait, on s’en branle un peu, dit Harold, Sam ! Continue ton récit. »

L’observateur continua donc son récit :

« Donc, comme je te disais, nous sommes arrivés à Toulouse et nous avons retrouvé le vieux grâce au G.P.S implanté dans son cul… »

« Pourquoi vous n’avez pas utilisé le G.P.S de son traîneau ? » questionna Harold.

« Et…ben… en fait… le G.P.S de son traîneau n’émettait plus, je t’expliquerais pourquoi après… Donc, nous avons retrouvé le vieux sur les lieux indiqués par le G.P.S de son teuteu, et nous l’avons retrouvé enfouis sous quarante-huit centimètres quinze de neige (j’ai mesuré)… Après l’avoir déblayé, nous l’avons questionné et il nous a expliqué qu’il avait été attaqué par trois keupons défoncés à l’essence qui se sont amusés à tabasser le vieux en lui disant d’enlever sa fausse barbe… »

« C’est inhumain d’être aussi con ! » coupa Pingué.

« Ta gueule ! » dit Harold.

Sam continua son histoire :

« Ensuite, le vieux s’est assoupi. Nous, avec le docteur on a essayé de le ranimer, mais c’était trop tard… Le vieux était tombé dans le coma. On l’a donc ramené ici, et le docteur s’en occupe. »

« Ah bon qu’est-ce qu’il fait ? » demanda Harold

« Là je crois qu’il est en train de le sodomiser pour voir si effectivement le vieux est dans le coma ou s’il fait juste semblant »

« Vous perdez votre temps les mecs, coupa Pingué, il adore ça la sodomie le vieux, mon anus est là pour en témoigner si vous voulez… »

« Et le traîneau ? » questionna Harold.

« Ah… euh… oui… et ben comme je te disais… Comment dire ? En fait, les trois punks l’on volé et… je ne sais pas comment, ils ont réussi à s’envoler avec… »

« Putain, mais il faut le récupérer bordel !  Il y a les plans de la bombe H et la vérité sur l’assassinat de Kennedy dedans !» hurla Harold.

« Ce n’est pas la peine, conclut l’observateur, les trois punks se sont plantés sur l’autoroute contre un palmier… alors qu’il fait –10°, mais ce n’est pas grave… Le traîneau s’est enflammé de suite et les passagers sont tous morts sur le coup… ainsi que les cadeaux d’ailleurs. »

Harold blêmit, il pensait au temps fou qu’il avait passé à fabriquer tous ces jouets. Le teint blafard, il murmura :

« J’ai bien peur que nous ayons eu droit au dernier Noël dans le monde… »

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