Chapitre 4 : Définition des enjeux réels

« Bon les gars, ce n’est pas que je me fais chier avec vous, mais je pense qu’il serait temps de se sortir violemment le doigt du cul ! »

C’est par ces paroles pleines de bon sens que Pingué conclu la phase du Casting toulousain qui a été décrit dans le chapitre 2 (normal me direz vous, c’était son titre), avant qu’une section 3 ne vienne chambouler tout cet ordre préétabli. Pour parler un peu technique (parce qu’à partir d’un moment ça suffit la théorie, il faut mettre un peu les mains dans le cambouis, merde !), je vais opérer et introduire sauvagement dans ce chapitre l’événement déclencheur de l’histoire. Bon en réalité c’est un peu plus compliqué que ça, parce qu’en règle générale, le schéma narratif ça donne plutôt ça :

  1. Introduction
  2. Événement déclencheur
  3. Péripéties
  4. Dénouement de l’histoire
  5. Conclusion

En fait dans le Remplaçant, pour le moment ça donne plutôt ça :

  1. Introduction : Description de la campagne hallucinée française
  2. Événement déclencheur : Le Père Noël à disparu !
  3. Péripéties : Au Shomoland on s’organise pour trouver un remplaçant
  4. Dénouement de l’histoire : Vincent est choisi comme remplaçant du Père Noël.
  5. Conclusion : Super le livre de merde en deux chapitres !

Bon et en plus, pour ne pas arranger les choses, j’ai fait une narration non linéaire, qui donne grosso merdo ça :

  1. Chapitre 1 : Histoire du Shomoland
  2. Chapitre 2 : Histoire de Vincent
  3. Chapitre 2 toujours : Les deux histoires se télescopent

Y’a pas à dire, je me suis quand même bien cassé le cul !

Je ne vais pas continuer à vous abreuver de techniques narratives, dites-vous cependant qu’il est possible que l’on parle très prochainement d’épanadiplose, car, comme le disait si justement le poète oublié Samuel Jones : « L’Épitrochasme c’est bien, mais l’épanadiplose c’est quand même vachement mieux ! »

Le passage ci-dessus pour introduire le chapitre 4 va vous paraître complètement hors de propos, mais c’est la seule justification que j’ai trouvée pour le moment pour vous montrer que derrière ce merdier que représente le Remplaçant, il y a tout de même un brin de travail. On n’est pas dans la littérature emmerdifiante à la Houellebecq ici !

Bref, reprenons l’histoire…

Vincent, Pingué et Harold quittèrent prestement le hangar et se dirigèrent vers une petite ruelle sombre et malodorante. Là, une vieille voiture les attendait. Cette guimbarde, peinte à l’origine en verte huitre pas fraiche, présentait de vastes plaques de coloris écaillé sous lesquelles la rouille semblait prendre le pas, telle une infection cutanée bactérienne ravageant sauvagement la peau d’un bel éphèbe du nord-est de la Suède. Les pneus, sous gonflés, s’affaissaient dans le sol comme une vieille figue molle qui a trop muri sous un soleil d’été. Le pare-brise et les vitres latérales étaient brisés, cassés, enlevés par de jeunes désœuvrés qui avaient eu le choix entre ça et une énième rediffusion d’un film de Max Pécas. L’habitacle sentait purement et simplement le cul, la baise longue et intense ; cette odeur rance et musquée de la sueur de deux corps qui sont étreints pendant des heures et des heures.

« Je peux vous dire une chose, les mecs, c’est que cette bagnole, c’est un vrai aimant à gonzesses ! » dit Harold en se dirigeant vers le vieux tacot. « J’en ai chopé des filles avec cette caisse ! » ajouta-t-il fier de lui.

Pingué et Vincent préférèrent ne pas répondre à cette allusion grasse, laissant Harold dans ses rêveries, où il serait considéré comme un surhomme entouré de plein de filles nues qui lui tripoteraient sauvagement la rondelle.

Ils montèrent, non sans mal il faut le dire, car une des portières était fixée avec un sandow, et ils partirent gaiement l’autoradio déversant les paroles de Félix Gray et Didier Barbelivien.

« Ça vous dérange si je me change ici ? » demanda Vincent

« T’as tes vapeurs ou quoi ? » questionna Pingué.

« Non, mais mon T-shirt et mon pantalon sont maculés de gerbe donc je voudrais bien être un peu propre »

« Ah oui vas-y ma biche ! Fais comme chez toi alors »

Vincent sortit de son sac à dos des affaires de rechanges et se déshabilla intégralement. Pingué en profita pour lorgner avidement sur son anatomie.

« Belle bite » dit-il

« Merci »

« En parlant de chez toi, interrompit Harold dans ce moment chargé de tension sexuelle, tu ne veux pas passer chez toi pour prévenir que tu vas être absent un bout de temps ? »

Vincent ne répondit pas et se contenta d’ajouter un « non c’est bon ».

« Putain, c’est quoi cette marque sur ton fion ? » coupa Pingué

Vincent se retourna et vit que Pingué avait les yeux rivés sur une tache de naissance qui se dessinait sur sa fesse droite.

« Ah ça, ce n’est rien, répondit le jeune homme. C’est juste une tâche de naissance. Il parait que c’est parce que ma mère quand elle était enceinte s’est gratté le cul après avoir bu du vin. »

Pingué et Harold échangèrent un regard lourd de sens au travers du rétroviseur qui tenait avec une vis qui perçait de part en part le peu de vitre du pare-brise qu’il restait.

« Au fait, j’ai une question, demanda Vincent. Pourquoi est -ce moi que vous avez choisi pour être le Remplaçant ? »

« Ah ça, il faut le demander à Pingué, c’est lui le directeur des ressources humaines au Shomoland » répondit Harold.

« Il est vrai, poursuivit Pingué, que j’ai suivi une formation en ressources humaines et que je suis le plus à même de détecter les potentiels prometteurs de demain. En fait, si mon choix s’est porté sur toi, c’est tout simplement parce que tu as vomi. »

« Pardon ? » coupa Vincent.

« Eh oui mon ami, il faut que tu saches qu’en terme psychanalytique cela signifie que tu es sociable, partageur, que tu es prêt à donner de ta personne. Il y a en toi beaucoup de générosité et d’envie de donation. Or qui prendre d’autre pour distribuer des cadeaux que quelqu’un qui est prêt à tout donner ? »

« Effectivement, vu sous cet angle. »

« Il ne faut pas croire, mais directeur des ressources humaines c’est un boulot vachement compliqué quand même ! »

« Et votre pays, le Shomoland, comment il est organisé en gros ? » interrogea Vincent.

Tout en manipulant habilement son grand volant, Harold prit la parole :

« C’est un beau merdier, tu sais, notre pays. Je t’explique. À l’origine, le trône du Shomoland a toujours échu à la dynastie des Noël, et ce, depuis des temps immémoriaux. Le fondateur de la lignée était Para Noël. Il a unifié l’ensemble des tribus du Shomoland en une seule nation et s’en est autoproclamé patricien. Chaque chef de tribu est devenu gouverneur de sa province, et chacune d’elles s’est spécialisée dans une activité bien définie, selon le troisième décret émis par Para. Pousse-toi connard avec ta caisse de merde ! »

« Quels étaient les deux premiers décrets ? » demanda platement Vincent.

« Le premier est que le droit de chaque citoyen est garanti dans leur intégralité, sauf dans le cas exceptionnel où le patricien souhaite sodomiser un Shomolandais, quand il veut et où il veut. Dans ce cas-là, il ne s’applique plus » expliqua Pingué.

«  Une vraie liberté pour tous, renchérit Harold. Un édit d’une justesse admirable. »

« Le deuxième décret affirme une égalité entre tous les citoyens du Shomoland en fonction de la taille de sa bite ou de ses seins. Ainsi, deux personnes ayant un pénis de dix-huit centimètres ou faisant du quatre-vingt-dix C de tour de poitrine seront considérées comme égales, pourront aller dans la même école et s’orienteront vers les mêmes études supérieures. Ceux dont la bite fait treize centimètres ou qui ont un quatre-vingts six B de tour de poitrine ne pourront pas fréquenter les mêmes établissements que ceux que la nature a plus largement pourvus. La seule exception étant les enfants du patricien et des gouverneurs qui pourront faire les études qu’ils veulent. »

« C’est complètement con, dit Vincent ! C’est sexiste et inégalitaire au possible ! Et en plus, comment voulez-vous que ça fonctionne ? Comment peut-on mesurer la taille de la bite ou des seins quand les Shomolandais sont tous petits ? Ils n’ont pas fini leur puberté ! »

« Ah, mais Para avait bien prévu le coup !, rétorqua Harold. Tous les Shomolandais commencent l’école à vingt et un ans. C’est d’ailleurs l’âge de la majorité et c’est là que toute une carrière se décide. Et une grosse bite ou une grosse paire de meules ne signifie pas forcément que tu vas avoir un poste à responsabilité. Tu peux très bien devenir porte-drapeau ou recycleuse de canettes.»

« Et ils font quoi les enfants avant ? »

« Ils vont en usine pour apprendre à lire, à écrire, à compter, à monter les jouets et à se masturber. Ce dernier module d’enseignement est obligatoire à partir de seize ans.

« Les bases de la vie quoi » conclut Pingué.

« Et enfin, le troisième décret oblige les gouverneurs des différentes provinces à se spécialiser dans une tâche bien particulière concernant la fabrication des jouets. Par exemple, Pingué et moi-même sommes gouverneurs. Je m’occupe de tout ce qui est fabrication de jouets en bois tandis que Pingué supervise, sous son autorité, tout ce qui est l’emballement des cadeaux, en plus d’être directeur des ressources humaines. »

Vincent écoutait attentivement. Il apprenait avidement la culture Shomolandaise au contact de ses deux compagnons. Il y avait tant à découvrir, à apprendre !

« Mais je m’éloigne du sujet, reprit Harold en cahotant sur une ligne de tram. Les bases de la dynastie furent établies par Para et ont perduré jusque-là. Mais il y a déjà eu des troubles au cours de notre longue et prestigieuse histoire comme le soulèvement des gouverneurs contre Pairvert Noël III en 2462, ou encore la révolution des sodomites en 3025, sous le règne de Caux Noël XXII, quand ce dernier a souhaité changer les termes du premier décret en décidant que ce serait le peuple qui pourrait sodomiser le patricien au lieu du contraire. Mais le problème qui nous occupe est davantage politique. Le paternel de Père Noël, Super Noël IV a commis une faute énorme. Il a transgressé le premier décret et a fait un enfant à une roturière au lieu de simplement la sodomiser, comme prévu par la Loi. Du coup, on s’est retrouvé avec un bâtard sur les bras, du nom de Dudu. Or, avec le grave accident que vient de subir Père Noël, le trône est vacant ! Pour nous, les gouverneurs, il est inacceptable qu’un bâtard prenne le pouvoir et change la dynastie ainsi que toutes les lois qui en découlent. »

« Ouais, il se prend pour Guillaume le Conquérant ! Surtout que ce colossal connard revendique le trône !, tonna Pingué. Dans toutes ces monarchies dirigées par des cons sanguins, dès qu’il y a un bâtard, ça fout une merde pas possible ! »

« Mais je ne vois toujours pas ce que je viens branler là dedans, répliqua vertement Vincent. Je ne fais pas partie de la famille du Père Noël. »

« Certes non, continua Harold en s’engageant dans un sens interdit. Mais heureusement, il est prévu un amendement au quinzième décret qui explique qu’en cas de vacance du pouvoir pour cause d’accident, de maladie grave telle que la blennorragie (qui empêche l’application du premier décret), ou tout autre motif qui entraînerait la non-occupation du trône par le patricien, un remplaçant serait désigné, choisi parmi un habitant de la Terre vivant dans le pays responsable de l’absence du dirigeant du Shomoland. »

« Note qu’il y a déjà eu un précédent sous le règne de Super Noël IV ajouta Pingué. Lorsqu’au début de son règne, il s’est planté dans la Néva, en Russie, entre la visite de deux maisons, après s’être imbibé de vodka et avoir enculé un de ses rennes, il a fallu le remplacer une première fois. On avait alors choisi Raspoutine et on avait fait croire à sa mort des mains de Ioussoupov et de ses cons jurés. »

« Ce n’est pas la meilleure des choses que l’on ait faites d’ailleurs » précisa Harold en renversant une petite vieille.

« C’est sûr qu’il a foutu un beau merdier au Shomoland ce détraqué du cul ! »

« J’y songe. Ils aiment ça se planter la gueule en Russie les Pères Noël » remarqua objectivement Harold.

« Moi ce qui me troue le cul, répliqua Vincent, c’est que les habitants de votre pays à la con aient pu laisser passer des lois qui autorisent leur dirigeant à les enculer sauvagement ! Ou que l’on juge la valeur de quelqu’un sur la taille de sa bite ou de ses seins ! C’est vraiment du grand n’importe quoi ! »

« Oulà, ne t’emballe pas comme ça garçon, répondit Pingué. Je ne vois absolument pas la différence entre notre pays, et vos démocraties occidentales. »

« Mais nos dirigeants ne sodomisent pas les citoyens chez nous ! »

Un éclat de rire interrompit la colère de Vincent. La voiture pila bruyamment, laissant de grandes traces de pneus sur l’asphalte, un peu comme un vieux pet au fond du slip. Harold et Pingué étaient pliés en deux, les mains contre les côtes ou serrant le volant à en faire blanchir les jointures des doigts. Des larmes inondaient leur visage. L’elfe hoquetait.

« Oh le con ! La buse ! Ah, on a bien fait de le prendre avec nous celui-là ! Il nous fera bien rire, au contraire de ce dégénéré de Raspoutine. »

Harold réprima un éclat de rire en s’appuyant lourdement sur le tableau de bord, tout en essuyant ses larmes.

« Mon pauvre Vincent, la seule différence entre vos démocraties et notre système politique, c’est que chez nous, c’est complètement  assumé. Tous les dirigeants au monde et leur classe politique enculent leurs peuples, c’est bien connu. »

« Bandes d’hypocrites, ajouta Pingué entre deux éclats de rire. Tout fonctionne comme ça. Même la classification des gens. Par exemple chez vous, on encense bien les connes qui en ont tellement foutu dans leurs seins ou dans leurs culs qu’elles n’ont plus rien dans la tête. Elles deviennent actrices, chanteuses, putes, alors qu’elles n’ont aucune expertise si ce n’est d’être bien gaulées. Le pire, c’est que vous les exposez comme des modèles à suivre »

« Pareil pour les mecs qui se la joue viril, faisant croire que leur talent est proportionnel à la taille de leur bite. Ils te disent tous qu’ils en ont une grosse alors qu’en réalité, ce ne sont que des sous-merdes qui ne savent pas se servir de leurs queues ! précisa Harold en se tournant vers Vincent. La preuve, quand tu rentres dans des toilettes publiques, t’en a plus à côté qu’au fond de la cuvette. Tout est axé sur le paraître chez vous ! »

« D’ailleurs, est-ce que tu vois beaucoup d’autres personnes différentes de ces gens là dans vos émissions de télévision ? »

Vincent ne pipa mot. Ses deux nouveaux amis l’avaient bien médusé avec des arguments imparables et d’une logique à toute épreuve. C’est comme ça que l’on grandit, se dit-il, en apprenant le fonctionnement du monde au côté de personnes qui en connaissent les failles pour les avoir expérimentés. Néanmoins, une dernière question le taraudait et n’en pouvant souffrir davantage il lança :

« Vous trouver ça bien aussi le fait que les gamins du Shomoland doivent suivre un module de branlette obligatoire ? »

« Ah ça mon ami, répondit Pingué, c’est un peu comme chez vous. Chez nous c’est clairement assumé, alors que vous, vous l’enrobez de mots comme réunion d’entreprise, dialogue social, discussion à l’Assemblée nationale… »

Vincent était vraiment scié de voir à quel point le Shomoland semblait nettement plus en avance que la Terre. Un vrai monde sans hypocrisie où tout est clairement affiché !

« Mais alors, Para était un véritable visionnaire ! » s’exclama-t-il, pantois.

« Mais c’est ce qu’on se tue à te dire depuis le début !, renchérit Harold. Para chez nous, c’est comme Napoléon chez vous. Tous deux avaient compris comment rester au pouvoir en donnant des règles simples à suivre, applicables par n’importe quel con à la tête d’un état, tout en continuant à saturer violemment l’anus de leurs peuples. »

« Harold, je crois que tu as écrasé un chien. »

« Je crois que ce n’était pas un chien » répondit le marchand de jouets.

Vincent, le regard tourné vers l’extérieur, pensait à la folle aventure dans laquelle il venait de s’embarquer. Ainsi donc, il avait été choisi pour contrer un certain Dudu. Là était véritablement l’enjeu réel auquel il devait faire face (cf. titre du chapitre. NDA). Perdu dans ses pensées, il réalisa bientôt qu’il passait tout près du quartier de son enfance.

« Excusez-moi les gars, demanda-t-il. Vous pouvez me déposer quelque part, j’ai un dernier truc à faire avant de partir »

« Bien sûr pas de soucis » répondit Harold en faisant un gros doigt d’honneur à un chauffeur de bus.

Après avoir bien indiqué le chemin, la voiture s’arrêta devant l’endroit qu’avait indiqué Vincent.

« C’est là ? T’es sûr de toi ? » questionna Pingué.

« Tout à fait sûr. Je n’en ai pas pour très longtemps. » répondit le jeune garçon.

« Tu veux qu’on t’accompagne ? » demanda Harold.

« Non, c’est bon. C’est quelque chose que je dois faire seul. »

Vincent descendit de la voiture et, sans se retourner, entra dans le lieu en silence.

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