Chapitre 7 : Bande de fils de putes !

Pingué et Harold patientaient, appuyés contre la voiture, pressés que Vincent revienne. Pingué coupa le silence :

« Mais qu’est-ce qu’on peut foutre autant de temps dans un cimetière. Il sodomise les morts ou quoi ? »

« Pingué, répondit calmement Harold, je pense que pour une fois, tu devrais fermer ta grande gueule et respecter sa démarche. Quelque chose me dit que ce qui vient de se jouer là à une importance capitale pour la suite de l’histoire et pour la construction psychologique de Vincent. C’est quelque chose qui te dépasse, quelque chose qui nous dépasse tous. »

Effectivement, Harold ne croyait pas si bien dire chers lecteurs, car, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, vous venez d’assister au cours des chapitres 4 et 5 (je ne parle pas du 6e il n’a rien à faire là. Quoique. On pourrait parler narratologie, mais je vais vous embrouiller entre modèle sémiologique et modèle sémiopragmatique. Bref, si vous voulez en savoir plus contactez Umberto Eco, c’est un pote, et lui il écrit bien, ce n’est pas Houellebecq) à une mise à nue du personnage de Vincent (mise à nue physique dans le chapitre 4 et mise à nue psychologique dans le chapitre 5). Je sais, ça parait être le merdier absolu cette histoire, mais en réalité il y a du travail derrière, même si certains en doute et médisent en silence sur mon bouquin. Je préfère me souvenir de ce que disait l’illustre poète Samuel Jones à propos de la critique : « Les bonnes critiques c’est comme les bons coups, c’est toujours par-derrière ! ». À méditer…

Je reprends l’histoire…

« Au fait, dit Pingué, tu as entendu tout à l’heure dans la voiture lorsque j’ai vu la tache de vin sur la fesse du petit ? »

« Oui » répondit Harold.

« Tu crois que c’est lui ? Celui dont parle la prophétie ? »

« Je ne sais pas, en tout cas c’est troublant. D’après ce qu’avait annoncé l’oracle : « Le salut du monde libre viendra, de l’épigone il naîtra, la pétéchie l’ornera, la mort l’accompagnera, et de ses cendres le Shomoland renaîtra. » »

« Ce n’est pas clair. Je me demande pourquoi chaque fois les prophéties sont aussi alambiquées. En plus, le contenu n’est pas vraiment rassurant »

« Nous verrons mon ami. Nous verrons… »

À ce moment précis, sortant du cimetière, Vincent, encore empli de tristesse, buta sur un clochard qui s’appuyait contre la grille.

« Pouvez pas faire attention ! tonna le vieil homme emmitouflé dans un sac de couchage. On n’est pas des animaux, merde ! »

« Calme ta joie, vieille diarrhée, rétorqua Pingué. Le petit n’a pas vu qu’il s’agissait de toi. Il a dû croire que c’était un cadavre ou un truc du genre. Depuis que vous êtes en crise, on ne voit que des gars comme vous sur les rebords des trottoirs. »

Le vieil homme leva sa face hirsute devant l’elfe. Il était étonné que quelqu’un lui rétorque aussi vertement et le traite de « vieille diarrhée », ce qui est tout à fait compréhensible dans la mesure où l’insulte n’est pas courante. On aura plutôt tendance en France à traiter les personnes âgées de « vieille merde » ou de « vieil étron » (dans sa forme soutenue) plutôt que de donner une consistance précise à la déjection concernée. Mais je m’éloigne de l’histoire, je crois…

Le clochard secoua tristement la tête. Une larme se mit à perler à la commissure de son œil gauche pour mourir paresseusement dans une des profondes rides cachées par sa barbe grise qui parsemaient sa joue.

« Mon Dieu, soliloqua-t-il tristement. Il n’y a pas si longtemps, personne au monde ne m’aurais traité aussi misérablement. »

« Pourquoi cela ? » demanda Harold, que la pitié pour ce vieil homme gagnait.

« Parce que, repris le vieil homme, avant, j’étais quelqu’un de puissant, un cador de la politique, une star des débats conflictuels, un petit roquet prêt à tout, l’adepte du bon mot qui faisait trébucher mes opposants à l’Assemblé Nationale, le gars que les instances du parti envoyaient au-devant des militants pour leur bourrer le mou à grand coup de grosses déclarations de principes dont je ne pensais pas un mot ! »

« Ainsi, c’était donc vrai ! » s’exclama Vincent en repensant à la grande discussion qu’il avait eue plus tôt avec ses deux compères (cf. Chapitre 4 pour les lents).

« Un vrai petit fouille-merde quoi ! » répliqua Pingué.

« Ah, vous ne pensez pas si bien dire ! » répondit le vieil homme.

« Et comment vous vous appelez ? demanda Harold. Histoire que l’on puisse mettre un nom sur un visage. »

« Appelez-moi Jef. Je n’ai pas trop envie d’en révéler davantage à propos de moi (c’est surtout que je ne veux pas d’emmerdes et encore moins un procès au cul pour diffamation [NDA]). Mais par contre, sur le monde d’où je viens avant, ça, je peux vous raconter comment ça se passe ! »

C’est qu’on est un peu pressé Jef… »

« Attend Harold ! s’énerva Vincent. Moi je veux savoir ! Je veux comprendre et le mettre en parallèle avec ce que vous m’avez dit tout à l’heure ! »

« Moi aussi je veux savoir, dit Pingué. Ce n’est pas que j’ai envie d’ajouter de l’eau à mon moulin, car, pour ça, je me suis fait une raison. Mais j’aime bien cracher sur les décideurs terriens de tout poil. Alors pour une fois que l’occasion m’est offerte, je ne vais pas la refuser ! »

Harold soupira. Puis, dodelinant de la tête, il s’assit sur le trottoir en même temps que ses camarades afin d’écouter Jef.

« Dites donc messieurs, les apostropha avec un fort accent cul-pincé une bourgeoise située non loin de la grille du cimetière, vous ne voyez pas que vous bouchez le passage ? Je ne vais quand même pas faire un écart parce qu’une bande de fainéants, de tire au flanc, de parasites, me bouche ma route à moi ! »

« Ta gueule la morue ! cria Pingué. On va avoir une discussion importante ! Alors, retourne sucer le porc de cadre qui te sert de mari et qui viendra huiler ton vieux sphincter desséché après avoir baisé la prostipute qu’il rencontrera sur le chemin de ta maison ! »

« Pingué ! » se scandalisa Harold.

« Ben quoi ? »

La femme distinguée, outrée par les paroles non dénuées de bon sens de Pingué, s’en alla un peu plus loin, laissant les trois amis écouter ce que Jef avait à dire, tout en marmonnant « jeunesse pervertie » entre ses lèvres.

Les trois camarades entouraient Jef, écoutant attentivement ce qu’il avait à leur apprendre :

« Tout d’abord, pour devenir un cador de la politique française, il est nécessaire d’avoir fait l’ENA… »

« L’École des Nouveaux Affranchis ? demanda Harold. »

« Non, École Nationale d’Administration. Mais votre définition correspondrait plus à la réalité, répondit Jef. Par exemple, le Grand Oral de l’ENA, dont tous les élèves ont une trouille bleue, et bien ce n’est pas compliqué, il suffit d’asséner au jury des conneries énormes aux questions posées, avec aplomb et détermination, pour pouvoir être retenu. Car après, dans le monde politique, il faut être capable de sortir les mêmes conneries à la population française, avec le même aplomb, pour pouvoir faire ses classes. »

« Ouais en gros, vous beurrez la raie de toute une frange du peuple » renchéri Pingué.

« Exactement. Quand on sort de l’ENA, on devient une caste à part dans la société française : les énarques. »

« J’ai déjà entendu ce terme, l’interrompit Vincent. Mon père parlait souvent de « ces trous du cul rétrécis d’énarques ». »

« C’est vachement imagé. »

« Bref, les énarques, reprit Jef, sont vraiment une caste à part. Déjà, on s’enorgueillit entre nous d’avoir fait l’ENA, de s’être hissé au-dessus de la plèbe crasse et vulgaire qui trime à ses fourneaux pendant que nous nous apprêtons à la diriger avec toute notre science abâtardie et nos mensonges. Par exemple, la plupart des dirigeants politiques font semblant de dénigrer les instituts de sondage. On leur crache dessus lors de nos discours et assénant au peuple que les sondages, c’est de la connerie, que nous n’y prêtons pas attention, que nous n’en avons rien à foutre, etc. Mais dans la réalité, on s’appuie énormément sur les sondages réalisés par les Renseignements Généraux. »

« Bande d’enculés ! » rigola Pingué.

« Le népotisme est par la suite très important si nous souhaitons intégrer les différents corps de l’État. On ne juge pas un membre de l’ENA à sa valeur, mais à ses collusions avec les milieux dirigeants. »

« Autrement dit, vous avez mis en place un système à l’Ancien Régime : des dynasties consanguines se succèdent aux mêmes places et ainsi de suite, simplifia Harold. Vos familles usent d’influences auprès de gens importants, proches du pouvoir, installent leurs rejetons dans leurs sphères et se démerdent ensuite, à coup de bassesses et de trahisons, à obtenir une place prépondérante. »

« Comment tu peux savoir tout ça ? » demanda Pingué.

« Parce que c’est la même chose au Shomoland espèce d’abruti. Ou du moins, c’est comme ça depuis l’Événement ! »

« Mais je n’ai jamais fonctionné comme ça moi ! »

« C’est normal, ta famille est issue de la noblesse de foutre pour les actes héroïques que tes ancêtres ont réalisés pendant la Révolution des Sodomites. Tandis que moi, qui suis issu de la noblesse de gourdin, on connaît les arcanes du pouvoir depuis plus longtemps. Et deuxièmement, personne n’est assez con pour te chercher des noises ou placer un enfant de la noblesse dans ton entourage, surtout depuis l’affaire des jumeaux Bôlls et l’occlusion intestinale que tu leur as occasionnée. »

« Ils étaient consentants ! »

« C’est ce que la défense a retenu et tu as été blanchi. »

« Je vois que vous avez les mêmes problèmes chez vous, remarqua Jef. Chez nous aussi, il y a un sacré paquet de détraqués sexuels dans les hautes sphères. »

Pingué jeta un regard mauvais à Harold et Jef, puis se recroquevilla sur lui-même, l’air boudeur. Il largua une grosse caisse et marmonna :

« Voilà ce que j’en pense de vos allégations à la con ! »

« Mais vous arrivez au sommet pour pouvoir vous en foutre plein les fouilles, non ? » demanda Vincent.

« Entre autres. Le but du jeu est d’arriver dans des postes à responsabilité, d’y rester le plus longtemps possible en amassant les biftons qui tombent lors de contrats bidons où l’on reçoit de grosses commissions, de cumuler les mandats afin de percevoir plusieurs salaires (en plus du salaire que l’on perçoit de notre ancien travail puisqu’on ne peut pas être viré) , et se démerder lorsqu’on est dans la mouise politique pour être parachuté ailleurs (aux Institutions Européennes[1] ou dans des villes de moindre importance un peu partout dans le pays), histoire de se faire oublier, de garder un pied dans le monde politique en se rappelant au bon souvenir des ordures qui nous dirigent, et bien sûr continuer à engranger du pognon. »

« Mais, s’interrogea Vincent, comment arrivez-vous à vous faire des couilles en or ? »

« Ah, c’est là qu’il faut faire preuve de subtilité et agir sur des sujets dont le peuple n’a pas connaissance. Le mieux, c’est que je te cite plusieurs exemples, en local, puis au niveau européen, et enfin au niveau international. Commençons par le local. Lorsque les radars automatiques (que des coprophages osent appeler des « radars pédagogiques ») ont été mis en place, nous nous sommes aperçus par la suite que plusieurs radars d’une région n’ont pas fonctionné. Le service qui délivre l’énergie avait coupé leur approvisionnement en électricité parce que l’entreprise qui s’en occupait n’avait pas payé la note. »

« Et alors ? »

« Il n’y a rien qui te choque dans ce que je viens de te dire ? » demanda Jef.

« Il y a quelque chose qui ne va pas, fit remarquer Harold. L’entreprise qui est censée s’occuper des radars, c’est l’État. »

« Exactement ! Mais dans ce cas précis, les radars avaient été donnés en concession à l’entreprise que gérait le frère du ministre des Transports de l’époque. »

« Bande de fils de putes… »

« Au niveau européen maintenant. Lorsque l’on siège à une commission européenne, il y a pas mal de lobbys qui viennent nous voir pour essayer de faire passer telle ou telle résolution. Exemple : il n’y a pas si longtemps, la commission européenne a décidé que les peintures glycérophtaliques (à l’huile) étaient nocives pour la santé, alors que les peintures acryliques (à l’eau) le sont tout autant, le tout à cause des solvants présents dans la composition des peintures. En surfant sur le thème fourre-tout de l’écologie (les solvants c’est polluant ; en repeignant la façade d’un bâtiment, tu détruis l’environnement) et de la santé (si une goute de peinture à l’huile tombe dans ton entrejambe, tu vas choper un cancer de la bite), et en octroyant au député européen une bonne commission financière, les lobbys représentant les entreprises fabriquant les peintures ont réussi à obtenir de certains de ces connards de technocrates de supprimer du marché les peintures glycérophtaliques au profit des peintures acryliques. La raison ? C’est qu’une peinture à l’eau tient beaucoup moins bien qu’une peinture à l’huile. Ainsi, le consommateur va se retrouver obliger d’acheter davantage de peinture pour couvrir la peinture qui se barre de ton mur chaque fois que tu frottes ton cul contre en refaisant ton lit le matin. Ainsi, les entreprises de peinture vont se faire davantage de pognon. »

« Ça sent le vécu ! » ajouta Pingué.

« Et encore, je ne vous parle même pas des entreprises fabriquant des pneus qui ont programmé dans leurs produits une durée de vie de quelques années alors qu’elles sont tout à fait capables de mettre sur le marché des pneus quasiment increvables. Et je n’ose même pas évoquer les soi-disant ampoules à économie d’énergie. Tout le monde sait pertinemment que ce sont des nids à cancer, mais ça, les entreprises s’en moquent, elles ne pensent qu’au profit qu’il y a au bout… »

« Les fils de putes ! » renchérit Vincent.

« Enfin, au niveau international, on surfe sur la peur générée par une pandémie par exemple. Pour la fameuse grippe aviaire, les laboratoires pharmaceutiques se sont mis d’accord avec les experts de l’Organisation Mondiale de la Santé pour dire qu’une pandémie sans précédent aller frapper tous les pays. Au nom de ce putain de « principe de précaution » inscrit comme une verrue dans la constitution de notre pays, le ministère de la Santé, sans doute suite à une pression intense des lobbys pharmaceutiques, a acheté pour une somme colossale des millions de vaccins à ces entreprises. Les trois quarts de ces vaccins n’ont même pas été utilisés alors qu’ils ont une durée de vie de deux ans. Certains ont même été réutilisés les années suivantes en se vendant comme simples vaccins contre la grippe. On sait très bien que des petits malins des deux côtés ont du toucher des rétros commissions. »

« Surtout que le principe de précaution est une connerie dans nom, ajouta Harold. Comment voulez-vous qu’une entité (que ce soit un état ou un organisme) évolue sans prise de risque ? Avec ce principe de mes deux, on stagne et on ne fait rien de bon. Si la nature avait appliqué le principe de précaution, aucun d’entre nous ne serait là !»

« C’est sûr que dans les contrats internationaux, on se torche complètement du principe de précaution. Par exemple, le pire, c’est dans les contrats d’armements, où les rétros commissions sont monnaie courante entre les différents intermédiaires, que ce soit les vendeurs ou les clients. Mais qui c’est qui paye les pots cassés ? Les pauvres types qui se font dézinguer par des dignitaires du pays client pour rappeler au pays vendeur que certains hauts responsables n’ont pas touché la totalité de la somme des rétros commissions prévus par les contrats. »

« Oui, et c’est cet argent taché de sang qui sert à financer les campagnes électorales par la suite ! » cria Vincent, faisant sursauter la bourgeoise qui sortait du cimetière.

« Oh ça aussi, c’est une arlésienne que l’on fait croire au peuple, histoire de lui assurer qu’il y a toujours un processus démocratique dans ce pays, murmura Jef. Savez-vous que chaque formation politique ne peut pas recevoir plus de 1500 euros de dons de la part de chaque sponsor, que ce soit une entreprise ou un particulier ? Avec de si petites sommes, il est quasiment impossible de financer une campagne électorale qui coûte plusieurs millions. Pour ça, on contourne le système. Chaque député et homme politique profite des failles. Ils ont tous créé un parti politique qui reçoit différents dons qui sont immédiatement transmis aux organes financiers du parti majoritaire. »

« Mais ils nous enculent ! meugla Vincent. Ils nous enculent ! Ils nous enculent et ils nous enculent ! »

« Et si ce n’était que ça. On fait semblant d’entretenir une opposition droite-gauche dans ce pays. Mais par exemple, une des dernières lois votées par l’Assemblée Nationale lorsque… ATCHOUM ! Excusez-moi… était président de la République, c’était une revalorisation du salaire des députés. Bizarrement, sur ce sujet, il n’y a pas eu de clivage entre la majorité et l’opposition. »

« Les enculés ! Tous des fils de putes ! »

« Mais le pire n’est pas là, renchérit Jef, si vous saviez comment se passe le vote des lois. La plupart du temps lorsque les députés votent une loi, ils ne connaissent ni le contenu, ni même les tenants et les aboutissants d’une loi. »

« Comment ça ? » s’étonna Vincent.

« Je vous prends un exemple concret, il est décidé de voter une loi. Déjà, ce qu’il faut savoir, c’est que quand un député fait une proposition de loi à l’Assemblée Nationale, ce n’est pas lui qui l’a rédigé, ce sont les conseillers qui travaillent pour lui, tout ce qu’il a à faire c’est à la présenter, même s’il ne l’a pas lu. De toute façon, on lui a suffisamment bien appris à raconter des conneries à partir de rien, du vide, du néant, à l’ENA. Deuxièmement, il présente sa proposition de loi, mais la plupart du temps il n’y comprend rien, il ne sait même pas de quoi il parle. Par exemple lors du vote d’une loi sur l’encadrement de l’usage que l’on peut faire d’internet[2], la plupart des députés, qu’ils soient de droite ou de gauche, n’y comprenaient rien. Mais comme les partis appliquent des consignes de votes, ces dynastes de merde, souhaitant conserver leurs précieux postes (et tous les avantages qui vont avec bien sûr), vont voter la loi proposée par le parti comme des moutons, sans aucun esprit critique, ne remettant pas en cause les différents aspects douteux du projet, et occultant complètement leurs convictions profondes ! »

« Ça me fous la gerbe ! Ce sont tous une belle bande de veaux marins ! répondit Pingué avec un profond dégout dans la voix. Si leurs partis leur demandaient d’aller à l’abattoir, ils iraient sans sourciller. »

« C’est vraiment une honte, une honte ! Et après c’est toujours aux mêmes qu’on demande de faire des efforts, qu’on exige des choses, qu’on interdit ceci ou cela ! » cria Vincent.

« T’excites pas ma louloutte, répondit Pingué, tu verrais ce qui s’est passé chez nous ce n’est pas mieux ! »

« Comment ça ? » demanda Vincent.

Harold se releva du trottoir prestement et coupa toute discussion :

« Inutile de parler de cela maintenant ! »

« Mais pourquoi ? questionna Vincent. Qu’est-ce qui s’est passé au Shomoland ? »

« RIEN ! » cria Harold, concluant la discussion une fois pour toutes.

Harold, Vincent et Pingué prirent congé de Jef, non sans lui avoir laissé une liasse de plusieurs billets de cent euros, et s’en allèrent en silence. Dans la voiture, pas un mot ne fut échangé.

Pour la petite anecdote, Jef s’est reconverti en chanteur de variétés et a connu un nouveau souffle grâce à des textes emplis de fraicheur, tels que « Mon banjo et mon derjo », « La mienne est plus grosse que la tienne » (chanson évoquant la crise européenne), ou encore « Discussion sur un bout de trottoir » (directement inspirée de l’événement décrit ci-dessus).

Harold, Pingué et Vincent quant à eux,  arrivèrent enfin à bon port… au port… de Ramonville, situé sur le canal du Midi. Ils montèrent à bord d’un superbe trois mats en chêne qui faisait la fierté de son capitaine. La particularité de cette embarcation résidait dans le fait que c’était un bateau volant, comme l’avait si bien dit Pingué dans le chapitre 2.

Le bateau prit son envol tel un moineau qui, incrédule, bat régulièrement des ailes, sans se douter qu’un gros con de chasseur aviné l’a en plein dans l’axe de son fusil, et qu’il va le dégommer à grand coup de chevrotine.

Bref, le bateau s’envola… Cap sur le Shomoland…


[1] Pour plus d’informations sur le fonctionnement de l’Europe, vous pouvez vous reporter au schéma synthétique situé au Chapitre 9.

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