Chapitre 11 : Le Shomoland, Partie 2

« Bref, notre espion a fait du bon boulot ! »

C’est par ces mots que Dudu conclut la réunion exceptionnelle qu’il avait commandée pour voir faire le point sur l’avancé de son projet top secret : envahir le Shomoland et se saisir du trône en se débarrassant au passage du Remplaçant.

L’assemblée, composée de têtes de nœuds et de tronches en biais, toutes plus connes les unes que les autres, se mirent à applaudir bruyamment l’allocution de leur président-directeur général. Pendant plus d’une heure, Dudu avait vanté les mérites de la structuration sous forme d’entreprises à capital variable de la société de connards et de gens-foutres qu’il avait créée. Les actionnaires présents avaient écouté sagement le summum de l’auto branlette dont s’était targué Dudu. Pour lui, l’avenir résidait dans le fric, le fric et encore le fric. Parce qu’avec le fric, on peut tout se payer, on devient l’équivalent d’un dieu pour qui n’importe quoi est accessible à partir du moment où a du blé, du flouze, du pèze, de la maille.

L’ensemble des décisions que prenait Dudu était dans ce sens. Alors que le Shomoland gouverné par le Père Noël avait pris le parti de livrer gratuitement les cadeaux, sans même se soucier du prix que cela pouvait représenter, lui pensait au contraire à tout l’argent potentiellement en gestation que cela représentait. Pour le Père Noël, la gratuité représente la quintessence en matière de partage, de don aux autres, de dévouement total, alors que pour Dudu cette gratuité est un gaspillage sans nom, une potentielle maille financière qu’il fallait récupérer pour s’en mettre plein les couilles.

Ayant fini son discours, Dudu quitta la tribune et s’en alla dans son bureau, accompagné par Stan, son associé principal. À l’intérieur de celui-ci, il se dirigea vers un coin de la pièce pour se servir un verre d’un liquide jaune-chaude-pisse-variation-bleu-schtroumph.

« Rien de tel qu’un petit verre de Ploundy pour se mettre la bite en jambe. » s’exprima Dudu.

« Euh… La bite entre les jambes. » rectifia Stan.

« Parce que je l’ai ou d’habitude, cria Dudu, sur le front ? »

« Non. »

« Bon alors ? »

36 15 code Pompe à merde : le spécialiste de la fosse septique.

« Alors… Rien ! » conclu Stan.

« Ferme ta gueule alors ! »

Dudu installa son gros cul celluliteux dans son fauteuil massant en cuir et étendit ses jambes sur son bureau.

« Putain y’a pas à dire, on a fait du très bon boulot, on va sodomiser à sec tous ces gros cons de Shomolois. »

« De Shomolandais. » rectifia Stan.

« On s’en astique la courge de leur putain d’appellation ! » s’exclama non sans vulgarité Dudu.

« L’invasion va bientôt commencer alors ? » demanda Stan.

« Ouais, dès que ce gros con de Remplaçant aura été mis hors-jeu par notre espion, il ne nous restera plus qu’à envahir le Shomoland, prendre le trône, restructurer totalement ce pays d’abrutis en leur faisant découvrir les bienfaits de la reine consommation et se faire plein de fric. »

« Notez que l’exemple de la Terre aura été pour nous quelque chose de grandiose. »

« Ah ça ouais putain ! Il faut dire aussi que le terrain a été bien préparé au Shomoland par vous-savez-qui. »

« Qui ça, l’espion ? »

« Mais non connard, l’autre, l’envoyé de la Terre. »

« Oh… Lui… Effectivement. »

« Faut que j’arrête de fumer, dit Dudu, je vais me mettre à sucer des pastilles. »

« Si vous voulez, répondit ce gros con de soumis de Stan, je vous fais sucer ma bite, vous ferez des économies en pastilles ?! »

« Non, mais j’ai besoin de quelque chose sans sucre, pauvre con ! »

« C’est ce que je disais… »

« Tiens, tu sais ce que j’ai sorti à ma femme hier soir ; je lui ai dit en la regardant que la bite est à l’homme ce que la petite cuillère est au yaourt, elle sert juste à curer le fond des pots en plastique. »

À ce moment précis, coupant une conversation au comble de l’intérêt, le comptable surgit, tel un étron sauvagement expulsé, et qui par la force des choses, fini par s’exploser lamentablement, telle une vieille figue molle, sur la faïence des chiottes, et qui, coulant avec lenteur sur cette superbe surface blanche (en laissant à son passage un sillage marron, signe des derniers émois d’une crème catalane et d’un boudin corse) finie sa vie comme une pauvre merde, dans les égouts chaotiques d’une ville qui se lève un lendemain de premier janvier. Quel spectacle affligeant que de voir voguer notre étron au milieu des vomis de champagnes bas de gamme et d’autres cocktails à base d’alcool. Regardez-le, et voyez combien ce bateau, sculpté par un anus aux proportions gigantesques, se perd dans les confins de l’oubli de la mémoire. Pensez aux tonnes de ses semblables que vous évacuez chaque jour. Vous êtes-vous posé la question du devenir de ces merdes ? Car il faut bien le dire, c’est vous qui produisez cette substance malodorante, et donc, par la force d’une équation mathématique, qui serait trop longue à expliquer ici, c’est vous la merde ! Ainsi que moi aussi ! Soyons-en fiers, et convolons ensemble vers un avenir où la merde aura enfin une place privilégiée dans nos vies…

Désolé…

Le comptable, donc, entra dans la pièce avec des dossiers sous le bras :

« Excusez-moi de vous déranger, dit-il, mais il faudrait que je vois avec vous les projections pour le prochain trimestre. »

« Pas de soucis ma couille, entre en sers-toi un verre »

« Merci monsieur. »

« J’espère que les perspectives sont aussi bonnes que ma femme ? » demanda Dudu en se gaussant grassement.

« Le bilan est un peu mitigé monsieur, mais il y a des possibilités auxquelles nous n’avons pas encore pensé, notamment lorsque vous aurez le Shomoland sous votre contrôle. »

« Et comment que je vais avoir le Shomoland sous mes ordres. Elle est bonne celle-là. C’est vraiment la vanne de Cuba que tu me sors là ! Tiens, dans quelques semaines, à la même heure, le Remplaçant sera même mort ! »

 ***

 Vincent avait eu un mal fou à trouver le sommeil, les révélations de Wally l’avaient complètement retourné et la lecture du journal du Père Noël n’avait fait que corroborer ce que lui avait dit en substance le serviteur : il y avait bel et bien un traître dans l’entourage du Père Noël. En y réfléchissant même intensément, Vincent en était arrivé à la conclusion que l’accident en traineau du Père Noël n’était surement pas dû au hasard.

En descendant le grand escalier, il passa à côté de Pingué sans même lui dire bonjour. Il rejoignit Wally dans la grande salle à manger.

« Votre Altesse a bien dormi ? » demanda poliment le serviteur.

« Pas top non. Je me sens un peu largué je dois dire. »

« Que Votre Seigneurie ne s’inquiète pas, ce soir nous allons sortir pour que vous puissiez oublier tout cela. Je vais m’occuper personnellement de vous. »

« Dit, comme t’as l’air d’être un type bien, tu ne veux pas qu’on se tutoie plutôt ?! »

« Oh, sire, c’est vraiment un honneur auquel je ne peux répondre, je suis votre serviteur tout de même. »

« Oui ben justement j’en ai marre de ces relations de maître serviteur, ça me gonfle. Donc à partir d’aujourd’hui tu me tutoies, et c’est un ordre ! »

« Entendu. »

Après un petit déjeuner copieux, Wally commença à faire visiter l’immense palais à Vincent. Après plus d’une heure de visite, et ayant fait le tour complet de la résidence, les deux amis se retrouvèrent dans le hall d’entrée.

« Voilà, conclut Wally, tu as pu voir tout le palais »

Vincent, interloqué par une porte qui se situait à côté du grand escalier demanda :

« Elle mène où cette porte ? »

« Oh ça, c’est la porte qui mène aux prisons. Mais je te déconseille d’y aller c’est peuplé de gens peu respectables aux caractères instables et violents. C’est d’ailleurs là qu’est enfermé Raspoutine. »

« Raspoutine ?! »

« Oui, vous le connaissez ? »

« Harold et Pingué m’en ont parlé. Qu’est-ce qu’il fait en bas ? »

« C’est une longue histoire. En fait, il y a eu un évènement tragique au Shomoland, le Père Noël a été une fois destitué de son trône et exilé, et Raspoutine est directement responsable de cette chute. Il a fomenté un coup d’État spectaculaire pour prendre la place de Noël. Personne n’y était arrivé avant lui, pas même Dudu. Il a su s’y prendre ça c’est sûr. Peu de personnes osent en parler et c’est un sujet tabou au sein du Shomoland. »

« Le Père Noël a été exilé où ? »

« Ça, personne ne le sait, la seule chose dont j’ai entendu parler c’est qu’il est revenu avec une armée et qu’il a botté le cul à Raspoutine. Il a récupéré son trône et a enfermé Raspoutine dans les prisons du palais pour l’y laisser mourir à petit feu, mais c’est qu’il est solide le Raspoutine. »

« C’est ça ces non-dits de Pingué et d’Harold à propos d’un événement dont personne ne veut parler. »

« Comme je vous l’ai dit hier soir, méfiez-vous d’eux, ils ne sont pas si innocents que cela. À l’époque où Raspoutine a fait son putsch, c’était Pingué le serviteur du Père Noël. »

Décidément, les divulgations de Wally sur le passé du Shomoland étaient vraiment spectaculaires et ébranlaient Vincent dans toutes ces convictions.

 ***

 « Raspoutine ?! »

Le comptable faillit tomber à la renverse. Dudu le retint au dernier moment.

« Eh oui mec, répondit-il, c’est lui l’envoyé de la Terre qui a préparé le terrain au sein même du Shomoland. C’est lui qu’il faut rallier à notre cause. »

« Mais pourquoi ça ? Il parait que c’est un taré, un malade mental, un obsédé, un détraqué. »

« Pour toutes ces raisons justement. C’est la seule personne qui a déjà réussi à faire gicler le Père Noël de son trône et c’est d’un type comme ça dont j’ai besoin. »

« Mais où est-il ? »

« Dans les prisons du palais du Père Noël, en plein dans le Shomoland occidental. Le plan, c’est de le libérer une fois qu’on aura réussi à envahir le pays. Après, je m’en occupe, j’ai des talents de négociateur hors pair et j’ai des arguments à lui offrir qu’il ne pourra pas refuser. »

« Le plan est audacieux. »

« Bien sûr qu’il est audacieux, espèce de gland visqueux qui perle du sperme en grosse quantité, il est de moi ! Tu m’as pris pour un de ces enfoirés d’amateurs qui planifient une mission suicidaire ? Mon plan est parfaitement léché, comme la chatte à ma femme d’ailleurs. »

« On ne dit pas de ma femme ? »

« Ta gueule toi le pédé ! »

Le comptable ne réagit pas, écrasé par tant de vulgarité, telle une bouse bien fraîche qui tombe du cul d’une vache et qui vient s’éclater mollement sur le sol en éclaboussant les alentours.

Ah ! Je viens de recevoir une dépêche de mon agent… Alors, voyons… Bon, je vous le lis !

Cher Comte Anonyme. Oui, c’est moi.

Suite à votre demande de publication, nous avons étudié votre demande de parution et nous sommes au regret de vous informer que votre ouvrage intitulé « Le Remplaçant » ne pourra être publié, votre ouvrage ne correspondant effectivement pas à notre ligne éditoriale.

ENCULÉ !

Par ailleurs, la pauvreté du style et la grossièreté du vocabulaire nous obligent à prendre cette décision qui sera j’en suis sur très douloureuse pour vous. Il serait difficile pour nous de défendre efficacement votre ouvrage en librairie.

Mes couilles oui !

En espérant avoir affaire à vous pour un tout autre travail, nous vous prions de croire que notre bite dans votre cul sera bien mise…

RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

MAIS ILS N’ONT RIEN COMPRIS ! RIEN !

Donc en gros, je résume. Aujourd’hui, si vous faites quelque chose d’original qui sort des sentiers battus de la littérature dite classique et que vous vous amusez à provoquer, gratuitement certes, mais avec un fond et une réelle volonté de dénonciation, vous êtes aussitôt catalogué comme un écrivaillon de merde.

« La pauvreté du style et la grossièreté du vocabulaire ?! ».

On est dans une époque où les gens ne savent plus lire, ne pensent plus, n’ont plus un jugement critique et constructif. On est dans l’époque du « pas rentable », « pas vendeur ». Mon vocabulaire est vulgaire ?! Mais vous avez regardé vos sociétés ?! Vous avez allumé la télévision ces dernières années ?! Nous sommes dans la surexposition de la chair, du cul facile, de l’étalage de fric ; n’importe quel clip est stéréotypé. On nous expose des prétendus chanteurs sans talents qui roulent dans de grosses cylindrées toutes chromées, entourés de pétasses qui frottent leur fion dessus pour faire briller la carrosserie. On est dans l’époque string, où une ficelle dans le cul a plus d’importance que le fil qui nous tient à la vie.

Où est le littéraire ?!

Où est la philosophie ?! Où sont les débats de fond ?!

Votre société est d’une vulgarité sans borne, où tout repose sur le paraître, sur la facilité, où le politiquement correct gouverne. Tout est interdit, tout est formaté, prémâché, prédigéré, prêt à vomir !

Où est le littéraire ?!

Attendez le chapitre 19 et vous comprendrez, vous comprendrez tout !

 ***

 Pendant ce temps, au Shomoland, Vincent s’isolait de plus en plus, restant à l’écart dans le bureau du Père Noël, alternant entre ces lectures de son livre mystérieux et du journal qu’il avait trouvé dans le chevet, et écrivant sans cesse sur des papiers, faisant des schémas, des projections, des hypothèses…

Le soir, Wally entra dans la pièce, trouvant le jeune homme affalé à la table de travail. En entendant quelqu’un entrer, l’adolescent se releva, un filet de bave pendant le long de sa bouche.

« Il y a quelque chose qui ne va pas ? » demanda Wally en voyant l’état de délabrement avancé dans lequel était Vincent.

« Je doute, répondit Vincent, je doute sur tout, sur la loyauté de Pingué et d’Harold, sur mon rôle, sur ce que je dois faire, sur les choix que je dois prendre. Je me sens fatigué, fatigué et las… »

« Ne t’inquiète pas, je vais m’occuper de toi, comme je te l’ai promis. »

Aussitôt dit, aussitôt fait, les deux amis sortirent et se rendirent dans le premier bar qu’ils trouvèrent sur leur route.

Dans le bistrot, les smoubjs s’en donnaient à cœur joie, et s’amusaient à s’auto-sucer.

Il est ainsi temps que je vous fasse, chers lecteurs, un portrait aussi mémorable que fidèle des smoubjs. Comme je le disais si brillamment dans le Chapitre 1 de mon livre, les smoubjs sont des lutins, mais en miniature. De plus, ils sont… comment dire… ils sont suréquipés. C’est à dire, en fait, qu’ils possèdent une bite qui ressemble à une trompe d’éléphant.

Si je voulais les comparer de manière élégante et gracieuse, je pourrais dire qu’on dirait des minis pompes à essence. À part que chez eux, contrairement aux pompes à essence, on n’a pas besoin de mettre la carte bleue dans la fente pour qu’ils envoient le jus.

Vincent et Wally se rendirent au bar, commencèrent à prendre une bière, puis une autre, puis une vodka, puis deux, puis un peu de rhum, puis des shooters, puis…

Et les pâtés s’accumulèrent…

La fête quoi !

Le lendemain Vincent se réveilla la tête dans le cul…

…de Wally.

« Sors de là ! » hurla le serviteur en s’apercevant de la chose.

« Aide-moi, je ne peux pas, je suis bloqué ! » répondit Vincent d’une voix caverneuse.

Wally eut une idée. Il se concentra, dilata son anus et lâcha un pet qui retentit dans tout le Shomoland. Vincent fut expulsé avec force du trou du cul de son ami et alla s’écraser tout droit dans les poubelles du bar ou toute la bouffe moisie de trois semaines lui dégoulina sur la gueule.

Après avoir recraché un morceau de pain rance et humide, dont la couleur oscillait entre le vert-morve-qui-coule-du-nez et le marron-diarhée-pas-sortie-depuis-trois-semaines-et-qui-est-resté-en-hibernation-dans-le-plus-profond-du-cul, Vincent se tourna vers Wally et dit en souriant :

« Merci vieux ! T’es un vrai pote toi ! »

« Il t’en reste entre les dents. »

Pendant toute la journée, Vincent s’enferma dans le bureau du Père Noël, continuant ses lectures et ses réflexions écrites. À la fin de la journée, Wally et lui retournèrent au bar et se mirent une nouvelle murge phénoménale. En plein dans la soirée, alors que Vincent comatait sur une banquette entre deux vomis, il aperçut dans le fond de la salle la chose la plus merveilleuse qu’il n’est jamais vu…

Une bouteille de whisky pleine !

Non, je déconne…

En fait, le jeune garçon avait aperçu une jeune fille aux oreilles pointues : une elfe. Son regard brillant avait attiré son attention. Là, au milieu de cette crasse et de cette vulgarité, il se passait une chose, la chose la plus belle qu’il puisse exister : Vincent tombait amoureux.

Immédiatement, le garçon se frotta les yeux, pour bien voir s’il n’avait pas halluciné, et si cette vision d’enchantement était belle et bien réelle et non due aux excès d’alcool qui remontaient par intermittence et qui menaçaient de sortir d’un instant à l’autre, maculant son tee-shirt de gerbe. Dès qu’il rouvrit les yeux, la petite elfe avait disparue. Vincent se leva, balaya la salle de son regard, mais il ne la trouva pas. Déçu, il se ré-avachi sur la banquette, vida le verre de whisky qui le narguait devant lui, sur la table, et, une fois la dernière goutte du verre ingurgité, il rendit le tout en un geyser vomitif digne de figurer dans le Guinness-book, et non pas dans la bière Guinness, parce que ça, c’est du gaspillage pur et simple.

Cette nuit-là, Vincent rêva de la jeune elfe, de façon tendre et respectueuse.

Le lendemain, l’adolescent s’enferma à nouveau dans le bureau du Père Noël et continua à lire et à écrire. Mais je ne vous dirais pas quoi, parce que je suis un gros connard.

Le soir, il retourna au bar avec Wally et se remit à picoler et à gerber. Et pas nécessairement dans cet ordre.

L’adolescent répéta cet emploi du temps, c’est à dire :

Matin : bureau, lire, écrire.

Soir : boire, vomir, vomir.

Un matin, Vincent arriva devant son bureau. Harold l’attendait devant, inquiet de ne pas avoir de ses nouvelles depuis quelque temps. En le voyant arriver dans cet état lamentable, il lui demanda :

« Mais qu’est-ce qui t’arrive ? T’as vu ta gueule ? T’as dormi dans une poubelle ou quoi ? »

« Non, à côté, j’étais trop bourré pour rentrer dedans ! »

Il était vrai que Vincent avait le profil type de l’épave : cernes, cheveux sales, mêmes vêtements depuis plusieurs jours.

« Tu sais qu’avec Pingué on est super anxieux, ça fait des plombes que tu ne viens plus nous voir, tu nous évites dans les couloirs, tu ne nous dis même plus bonjour. Qu’est-ce qui t’arrive enfin ?! »

Sans rien dire, Vincent entra dans le bureau, Harold le suivit.

L’adolescent ouvrit un tiroir et en sortit une liasse de papiers. Il se tourna alors vers Harold, le fixa dans les yeux et lui dit :

« Maintenant, on peut passer aux choses sérieuses ! »

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