Chapitre 13 : Les réformes de Vincent font mal au cul

En rentrant dans la salle du Conseil ce matin, Vincent savait que le moment qui allait se jouer aujourd’hui se révèlerait d’une solennité exceptionnelle. De nombreuses interrogations l’avaient assailli pendant des nuits entières, et ces certitudes avaient été mises à mal par les révélations de Wally. L’adolescent était perdu, ne sachant plus vraiment à qui il pouvait faire confiance, vers qui il pouvait se tourner… Ajoutez à cela la vision entêtante et obsédante de la petite elfe du bar qui ne le quittait plus (la vision, pas l’elfe), autant dire que Vincent était totalement largué, un peu comme s’il était en suspension au-dessus du monde, l’observant attentivement en se demandant par où commencer pour juguler ce bordel ambiant.

En parallèle de ces événements dramatiques, Harold qui se sentait mis à l’écart un peu par tout le monde, s’était lancé à corps perdu dans la cuniculture, qui n’est pas la culture du cunnilingus, mais l’élevage des lapins domestiques. Le fabricant de jouets ne voulait pas se consacrer à cette nouvelle activité pour tuer ces pauvres petites bêtes pour leurs fourrures ou pour leur chair comme le font un sacré paquet d’enculés de sous-êtres dont je tairais le nom, mais parce qu’il avait pour objectif d’en faire de parfaits animaux de compagnie pour les distribuer à Noël prochain. L’accident du Père Noël n’avait en effet pas freiné son envie irrépressible de se consacrer à son prochain comme il avait fait toutes ces dernières années. S’il agissait de la sorte, c’était purement et simplement pour racheter son âme qui était selon lui noire, souillée à jamais par la période qu’il avait consacrée à Dudu et à sa cohorte de sacs à merdes. Durant cette époque, il avait dû plusieurs fois se salir les mains pour se débarrasser de « problèmes gênants », selon les propres mots de son mentor. Il s’était aperçu par la suite que cette sale besogne lui restait en travers de la gorge et il avait pris la décision de laisser tomber cette vie-là, se tournant vers le Shomoland et abandonnant Jyma, la fille de Dudu, celle avec qui il se voyait faire sa vie. Entre eux c’était une relation fusionnelle, passionnelle, axée certes en grosse partie sur le cul, la baise et l’envolement en l’air, mais également sur des moments de complicités rares qui font le ciment des couples qui durent, pas comme ces branleurs d’artistes adeptes de l’échangisme et de la partouze à gogo. Et je sais de quoi je parle je suis le summum de l’artiste en devenir…

« Pourquoi nous avoir réuni dans cette salle qui sent le vieux sperme séché ? » demanda Pingué à voix haute en entrant.

À ce moment, From, le doyen du Shomoland, qui était déjà installé au bout de la grande table en marbre, prit la parole avec énervement :

« Tu ferais mieux de fermer ta gueule jeune puceau, parce que si cette salle sent le foutre c’est parce que c’était l’époque ou le Shomoland était couvert de dettes alors pour la peinture il a bien fallu se démerder et faire avec les moyens du bord. Et si tu n’es pas content, j’en ai encore plein les couilles et il demande qu’à sortir, alors continue et je t’englue la gueule ! »

Pingué fut scotché net pas ces paroles pleines de sagesse qui témoignent de la maturité de l’âge et du grand chemin que l’on a accompli lorsqu’on est vieux. L’elfe alla s’asseoir dans un coin sans rien dire, scié par une telle verve. On a décidément tout à apprendre de ses ancêtres pensa-t-il.

Vincent monta à la tribune d’honneur et ajusta le micro pour que tout le monde puisse l’entendre :

« Mes chers amis shomolandais. Si je vous ai réuni aujourd’hui dans cette auguste salle du Conseil, c’est pour vous faire part de mon désarroi. En effet, voilà maintenant quelques semaines que je suis parmi vous avec pour mission de remplacer le Père Noël qui est, je le rappelle, actuellement dans le coma. Plusieurs choses m’ont interpellé depuis mon arrivée, notamment la sensation étrange et pénétrante que le Shomoland est en train de prendre une route qui ne lui sied guère. »

Vincent commença à sortir de sous le pupitre une liasse de papiers et les disposa devant lui.

« Ah, s’exclama Harold, on va enfin savoir à quoi servent ces feuilles que t’as rédigées pendant plusieurs soirées dans ton bureau. »

« Ce sont des feuilles pour qu’on puisse enfin se torcher l’oignon ? » demanda le doyen.

« Quoi ? » questionna Vincent.

« Ben oui, avoua From, avec toutes ces grèves et toutes ces dettes il n’y a plus un pet’ de papier torch’oignon dans cet enculé de pays, ce qui indubitablement fait que j’ai une couche assez épaisse de merde séchée sur mes vieux poils du cul blancs… Euh, les poils étaient blancs parce que mon petit cul était plutôt bronzé. Ce qui est absolument normal compte tenu du fait que je l’expose au soleil en moyenne deux ou trois heures par jour. Il y a même un jour, je me suis pris un coup de soleil sur mon cul, je ne pouvais plus m’asseoir, parce que rendez-vous compte un coup de soleil sur le cul c’est l’équivalent d’une sodomie à sec. »

« Merci doyen pour ces explications franches et non dénuées de sens. » dit Vincent.

« Bon alors, meugla Pingué, on la commence cette saloperie de réunion parce que moi je n’ai pas que ça à branler, j’ai une envie folle de… »

« Ouais, coupa Vincent, on sait, encore un truc dégueulasse ! »

« Mais ce n’est pas dégueulasse la glace ! » gémit Pingué.

« Ah non, surenchérit Harold, surtout pas la glace à la vanille…elle est vachement bonne ! »

« Personnellement, dit Pingué, je préfère la glace classique au chocolat. »

« C’est fini, oui ?! » cria Vincent.

« Ah au fait, demanda Pingué, ça intéresse quelqu’un la recette du Key Lime Pie ? »

« Ouais, moi ! » hurla Harold.

« Ouais moi aussi ! » hurla le doyen.

« Ouais, moi aussi j’en veux plein ! » hurla Wally.

« C’est bon, on part… tous… ensemble, direction les cuisines » dit Pingué en entraînant la petite troupe vers les grandes cuisines du palais du Shomoland.

Chapitre suivant : petite page culinaire, et non pas cunnilingus, que nous verrons plus tard…

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