Chapitre 15 : Les réformes de Vincent font mal au cul (deux fois plus !)

Avant toute chose, je voulais, comme je vous l’ai promis dans le Chapitre 10, vous révéler ce qu’avait dit la vieille femme lorsque Vincent est arrivé au Shomoland. Pour ne pas dénaturer le contexte, je vais opérer une remise dans le bain immédiate en copiant collant le texte et en y ajoutant la version préalablement censurée…

 Pingué, Harold, Vincent et Wally quittèrent donc le port, fendant la foule, tel un pénis se calant langoureusement entre deux seins, qui continuait à dévisager Vincent. Une petite vieille eut même l’affront de se fendre d’une remarque, qui certes traduisait d’une instantanéité de la pensée, mais qui également prouvait à quel point les habitants du Shomoland étaient tous des abrutis finis. Elle avait lorgné depuis l’arrivée du Remplaçant, l’entrejambe de Vincent, et lors de son passage avait crié : « On ne me le fait pas à moi, le coup de la courgette ! Petit jardinier va, viens me rempoter ou donne-moi ton gros tuteur ! »

 Voilà, mon devoir en tant qu’écrivain était de restituer la vérité dans l’histoire, même si, je dois vous l’avouer je n’ai pas bien saisi ce qu’elle voulait dire… On pourrait tout à fait tirer des conclusions hâtives sur le niveau langagier ou sur les sens que soulève cette phrase, mais déjà, un je n’ai pas que ça à faire, deux, si la question vous passionne alors je ne peux que vous inciter à vous reporter au chapitre 25, qui est une retranscription de l’article de l’excellent Professeur Jean-Yves Ladourd de l’Université Rennes 2, département Sociologie – Sciences du langage, paru dans la revue Langage et société sous le titre « Dichotomie du langage  : sens dessus dessous ».

 Nous pouvons dès à présent reprendre le cours de l’histoire…

 « Mes chers amis shomolandais. Si je vous ai réuni aujourd’hui dans cette auguste salle du Conseil, c’est pour vous faire part de mon désarroi. En effet, voilà maintenant quelques semaines que je suis parmi vous avec pour mission de remplacer le Père Noël qui est, je le rappelle, actuellement dans le coma. Plusieurs choses m’ont interpellé depuis mon arrivée, notamment la sensation étrange et pénétrante que le Shomoland est en train de prendre une route qui ne lui sied guère. »

 « Tu l’as déjà dit ça mon pote, tu te répètes, c’est le début de la sénilité. Un peu comme From » interpella Pingué.

 « Tu vas te prendre ma sénilité dans le fion jeune con et crois-moi qu’après ton anus va ressembler à une autoroute à péages ouverts. »

 « Bon écoutez, vous fermez tous vos claques merdes et vous me laissez parler ou je vous pète la gueule, comme je n’ai jamais pété la gueule à quelqu’un. »

 Plus personne n’osa renchérir, Vincent reprit son allocution :

 « Mes chers amis shomolandais. Si je vous ai réuni aujourd’hui dans cette auguste salle du Conseil, c’est pour vous faire part de mon désarroi. En effet, voilà maintenant quelques semaines que je suis parmi vous avec pour mission de remplacer le Père Noël qui est, je le rappelle, actuellement dans le coma. Plusieurs choses m’ont interpellé depuis mon arrivée, notamment la sensation étrange et pénétrante que le Shomoland est en train de prendre une route qui ne lui sied guère. Que ce soit à titre individuel ou collectif, nous sommes tous responsables de l’état de délabrement moral de ce pays. Je suis responsable, Pingué est responsable, Harold est responsable, tout être habitant cette contrée est responsable de ce carnage. Je parle bien de carnage. Je mesure mes mots comme jamais, mes chers amis, et je parle de carnage, de lamentable et inconcevable carnage. Pourquoi un pays aussi beau, aussi féérique que celui-ci a-t-il sombré dans cette débauche et cette vulgarité facile ? Pourquoi le Shomoland obéit-il à une logique administrative aussi complexe ? Pourquoi lorsque je regarde ce monde j’ai l’impression que c’est un copié collé du mien ? Qui est responsable de tout cela ? Nous tous ! Nous tous, nous sommes coupables d’avoir laissé faire, de nous être laissé aller à la facilité, à la perversion de nos mots et au vulgaire. Nous tous, nous sommes coupables d’avoir accepté qu’un tel système se mette en place. Nous tous, nous sommes coupables d’avoir oublié notre âme d’enfant et d’avoir voulu mettre du profit dans des actes de bonté et de générosité. Nous tous, nous sommes coupables de délaisser le véritable esprit de Noël, préférant nos vies misérables et vides de tout sens. Nous tous, nous sommes coupables de ne pas prendre le temps de nous poser un peu, pour lire un livre. Nous n’avons jamais le temps, nous courrons après un temps éphémère, pensant que nos existences seront mieux remplies si nos comptes en banque le sont aussi. Nous avons abandonné nos destinées et nos âmes à la déesse consommation. Que retiendrez-vous de vos petites vies lorsque la mort viendra : j’ai passé mon temps à travailler comme un abruti, pour ma gueule, ma précieuse petite gueule, tout en regardant mon voisin crever de faim. Qu’est-ce que vous ferez de tout ce profit inutile lorsque vous reposerez six pieds sous terre ? Vos regrets et vos lamentations ne suffiront pas, et vous vous rendrez compte bien trop tard que vous êtes passé totalement à côté des choses vraies. Imaginez un seul instant qu’il n’y ait rien après votre mort, rien du tout. Les gens continueront à vivre, vous resterez qu’un souvenir, puis une vague réminiscence et enfin, vous disparaitrez totalement des consciences. C’est ça que vous voulez vraiment ? Avoir vécu pour rien ?! Avoir vécu en ne profitant pas des instants ?! Mes pauvres amis, je vous plains, je vous plains sincèrement… »

 L’assemblée restait médusée, jamais quelqu’un ne leur avait asséné des vérités si tranchantes et si pleines de sens. Vincent mit un temps d’arrêt à son discours et scruta les visages décomposés de l’assemblée face à lui. La pensée de ce qu’il avait lu dans le journal du Père Noël lui vint à l’esprit : Le vulgaire mènera au vulgus, le vulgus mènera au vulgaire. La libération viendra de l’abandon de l’un des deux.

 « Bien, reprit Vincent, maintenant que les choses sont plus ou moins fixées, je vais énoncer les diverses réformes que je compte entreprendre. »

 Le jeune garçon ressortit la liasse de papiers, ajusta les feuilles devant lui sur le pupitre et clama d’une voix forte :

 « La première réforme constituera en l’abrogation pure et simple de toute forme de vulgarité au sein du Shomoland. »

 La foule assemblée, après un long cri d’agonie, se mit à réagir avec véhémence :

 « Putain, mais nom bordel de queue, ce n’est pas possible ça putain de connard ! »

 « Oh putain l’enculé ! »

 « Ça veut dire qu’on ne pourra plus jamais dire bite, poil, couille, chatte, suce ta mère ?! »

 « J’en ai les couilles tellement retournées que bientôt on pourra m’appeler madame. »

 Vincent ne laisse pas décontenancer:

 « Cette réforme est applicable immédiatement et quiconque ne respectera pas cette directive sera immédiatement arrêté et emprisonné. La seconde directive est le fait de ne plus jamais interrompre le chef suprême du Shomoland lorsqu’il énonce un discours, et ceci est valable également lorsque l’on est nommé remplaçant. »

 Vous noterez, chers lecteurs…

 « Qu’est-ce que je viens de dire ?! »

 Ah… c’est valable pour moi aussi ?

 « C’est valable pour tout le monde, surtout pour un abruti qui écrit un livre anonymement et qui n’a pas les couilles de signer ses méfaits. »

 Je vous demande bien pardon, mais je signe, je suis le Comte Anonyme, c’est-à-dire la haute aristocratie de l’anonymat !

 « Je m’en moque, vous la fermez et vous arrêtez d’interrompre le récit en permanence c’est fatigant, et la plupart de vos apartés n’intéressent personne hormis votre petite personne de frustré ! »

 Ok, ok mec, ça va, reste calme…

 « La troisième réforme constitue en une égalité totale entre tous les habitants du Shomoland, quelle que soit leur fonction, leur rang social ou leur race. »

 « Non, mais non merde !… euh je veux dire… Ah non, saperlipopette, ça ne peut pas se passer ainsi, c’est vraiment outrecuidant. », interrompit Pingué.

 « Pingué, premier et dernier avertissement, vous ne respectez pas la deuxième réforme du Remplaçant », scanda un garde à l’entrée de la salle du Conseil.

 « La quatrième réforme est la remise en place de la fête de Noël, avec production massive de cadeaux, pour rattraper la période mise à mal par l’accident du Père Noël. Je veux que d’ici une à deux semaines une nouvelle tournée de Noël soit possible pour que nous puissions aller distribuer les cadeaux dans les meilleurs délais. Bien entendu, tout restera gratuit, désintéressé, comme voulu par les ancêtres du Shomoland qui avaient parfaitement compris que l’altruisme, le dévouement aux autres, la générosité, la solidarité étaient les vertus essentielles de tout État digne de ce nom. »

 La litanie des réformes de Vincent continua ainsi pendant près d’une heure, et bientôt se furent les bases mêmes de toute l’administration du Shomoland qui avaient été repensées, redessinées, simplifiées.

 En sortant de la salle, les personnes sentaient leurs anus les irriter profondément…

 « J’ai dit quoi à propos de la vulgarité ?! »

 Oh, le lourd !

 En sortant de la salle, les personnes sentaient leur séant les faire affreusement souffrir, car il n’est pas simple de demeurer assis pendant plusieurs heures sur des chaises en bois brut. Qui plus est, les changements radicaux qu’opérait Vincent dans le Shomoland provoquaient des douleurs anales plutôt douloureuses. C’est un peu comme si vous vous faisiez sodomiser sans être consentant…

 « Non, mais ça va durer longtemps votre cirque oui ????!!!!! »

 Excusez-moi, cher Remplaçant, mais j’essaye de trouver une formule suffisamment imagée pour que tout le monde comprenne la portée de mes mots.

 « Eh ben, il suffit de le dire simplement, sans vulgarité, du genre : les habitants du Shomoland sentaient au fond de leurs cœurs que de telles réformes, bien que nécessaires pour l’avenir du pays, allaient leur laisser des écorchures à l’âme qui prendraient du temps à cicatriser. »

 Mouais… je préfère quand même mon histoire de sodomie à sec, c’est quand même vachement plus parlant.

 « On s’en moque de vos jeux de mots douteux, j’ai pris des résolutions, vous les appliquez, point final ! »

 C’est vous le chef, après tout…

 Vincent descendit de la tribune en silence, heureux du travail accompli. Il savait en son for intérieur que de telles décisions étaient nécessaires pour que le Shomoland sorte de sa léthargie et qu’il prenne une nouvelle direction. Le chemin à parcourir était encore long et tortueux, mais le discours qu’il avait prononcé aujourd’hui était le début d’une ère nouvelle.

 En sortant de la salle, il remarqua que Pingué et Harold l’attendaient.

 « Beau discours, dit Harold, vraiment, je suis impressionné ! »

 « Ça va être dur à tenir comme propositions, enchaina Pingué, mais il faut noter que tu as des cou… euh… que tu prends ton rôle de Remplaçant très à cœur. Depuis le Père Noël, je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi déterminé à réformer le Shomoland. »

 « Et ça vous gêne ? » questionna Vincent sur un ton sec.

 « Non, on dit juste que c’est courageux de ta part. »

 « Pour ma part, je pense que ça vous dérange fortement et que ça contrarie vos petits plans de traitres ! »

 « Mais de quoi tu parles ?! » demanda Pingué.

 « Ne faites pas les innocents tous les deux, vous savez très bien de quoi je parle, Wally m’a tout raconté à votre sujet. La seule chose que vous espériez en me recrutant en tant que Remplaçant, c’est que je chute pour laisser le trône vaquant. »

 « C’est Wally qui t’a dit ça ?! »

 « Oui, et il ne m’a pas dit que ça à votre sujet ! »

 « Il t’a dit quoi d’autre ? »

 « Ça ne vous regarde pas ! Maintenant, je vous laisse le choix, soit vous quittez définitivement le Shomoland, soit je vous fais enfermer dans les prisons du Palais ! »

 « Mais… mais… »

 « Si demain vous êtes encore présents dans le Shomoland, je vous condamne chacun pour haute trahison et je vous fais boucler dans les pires geôles ! » conclut Vincent en s’éloignant.

 Harold et Pingué, médusés, se regardèrent un long moment, puis le fabricant de jouets prit la parole :

 « Il va nous falloir fuir mon ami, ça commence à sentir mauvais pour nous ici… »

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