Chapitre 16 : C’est qui ce connard de Samuel Jones avec lequel il nous emmerde depuis le début l’autre con avec son livre de merde ?!

Samuel Cameron Jones

Samuel Cameron Jones est un poète et écrivain britannique, né à Exeter le 12 juin 1788, et mort le 20 avril 1839 d’une occlusion intestinale à Macao.

Descendant de la famille de Reviers (en anglais Redvers) qui s’illustra au XIIe siècle dans la guerre civile connue sous le nom « d’anarchie anglaise », son père James Loyd Jones, était un riche commerçant qui avait fortune avec des produits exotiques importés d’Inde et de Chine.

Écrivain romantique, précurseur du symbolisme, il reste fort peu connu, éclipsé par des noms plus prestigieux comme Byron (qu’il a côtoyé), Wordsworth, Coleridge, Keats ou encore Shelley, faisant de lui une figure de « poète maudit ».

Ses poésies, et surtout ses proses, mélancoliques et semi-autobiographiques, « belles et désespérantes, mais de nature narcissique et traduisant une immaturité digne d’un jouvenceau de douze ans » selon Robert Southey, un de ses contemporains, n’ont jamais reçu d’éloge de son vivant et restent aujourd’hui très mal connues. Il reste aujourd’hui peu de traces de ces écrits, la plupart des manuscrits ayant été brûlés par Jones lui-même à la fin de sa vie.

En bute aux normes de son temps, aux guerres incessantes du début du siècle, au conservatisme de l’Europe du Congrès de Vienne, les oppressions des peuples, révolté contre la société anglaise du XIXe siècle (la politique, ses contemporains, les hommes et les femmes…), il fut en cela toujours opposé et surpassé par Byron qu’il admirait et détestait.

1-  La jeunesse

Samuel Cameron Jones est le fils de James Loyd Jones, riche négociant, et de sa deuxième femme Élisabeth Lawgoch, issue de la noblesse galloise. Il passa une enfance dorée, accompagné par sa sœur ainée Isabella, issue du premier mariage de son père, pour qui il vouait une passion sans bornes. Il lui écrira ses premiers poèmes et nouera avec elle une relation incestueuse.

En découvrant cette relation, son père décide de l’envoyer en pensionnat au Trinity College de Cambridge en octobre 1805 avec interdiction absolue de revoir sa sœur. C’est dans ces lieux qu’il rencontra pour la première fois Byron qu’il décrit en ces termes : « un cœur de battant, un beau corps qui cache mal sa souillure (allusion au pied-bot de Byron) et des allures de pédéraste ». Élève brillant et timide, il réussit ses études malgré des difficultés dans les matières sportives. Il commence à écrire des poèmes chastes et pieux qui subissent les railleries de Byron qui excellait dans le domaine satyrique. Lassé de ces moqueries, il se réfugie alors dans la débauche à sa sortie de Cambridge, fréquente les prostituées de Londres et s’enivre du matin au soir. « Il n’était pas rare de voir Samuel croupir dans la rue […], affalé dans les ordures et les bouteilles vides, des traces de vomissures lui maculant ses habits » écrira de lui Benjamin Morrison, un ami de Byron. De cette période de débauche, il écrira plusieurs poèmes qu’il regroupera sous le recueil La Prodigalité (Profligacy) publié à compte d’auteur, qui est resté totalement inaperçu.

Lassé de la débauche de la vie londonienne, il retourne quelque temps se ressourcer auprès de sa famille à Exeter. Il apprend que sa sœur adorée a été mariée et vit désormais en Inde avec son mari. Cet épisode lui fera écrire un nouveau recueil de poèmes qui retranscrit sa morosité et ses passions : Le Péché Originel (Original Sin). Malgré un talent certain, mêlant lyrisme et un certain prosaïsme, l’ouvrage passe encore une fois inaperçu. Accablé de dettes que ses économies ne lui permettent pas de rembourser, fatigué du rigorisme de son père et d’une mère absente, il décide de quitter l’Angleterre et de voyager en Europe, laissant à sa famille le soin de rembourser ses créanciers.

2-  Son pèlerinage européen

En mai 1809, il précipita son départ, partit en France et s’installa à Paris, sous l’Empire napoléonien. Peiné et abattu par les derniers mois qu’il avait vécu à Exeter, il s’adonne à une vie de débauche dans des hôtels borgnes, se réveillant dans les bras des prostituées parisiennes. « Je logeais tour à tour dans un salon splendide dans le quartier du Luxembourg où me réveillais dans une mansarde sordide du Marais, vivant aux crochets de mécènes débauchés intéressés par mon art, où profitant de la gentillesse de certaines filles de joie à qui je n’inspirais que de la pitié avec mes guenilles et mon air misérable », raconte-t-il dans son expérience parisienne La Gloire Perdue (Lost Glory).

L’opulence de l’Empire français de Napoléon Ier le fascine, malgré la méfiance qu’il inspire (la Grande-Bretagne est alors en guerre avec la France). Très à l’aise avec l’apprentissage des langues, il apprend le français et commence à compiler un deuxième recueil sur le sol français : Des heures sombres. Mais ce nouveau livre de poèmes en prose et en vers interpelle le lecteur : il s’agit le plus souvent de textes sombres, mélancoliques et teintés d’amertume. Le monde lui apparaît sombre et dévastateur. La France, engagée dans la Cinquième coalition contre l’Autriche, perd de son attrait pour le jeune auteur. Les guerres violentes de Napoléon et son cortège de morts le révulsent et contribuent à son accablement. Son espoir en l’humanité s’effiloche. Totalement bilingue, il écrit à nouveau un nouveau livre en langue française, Les démangeaisons littéraires, recueil sombre, désespéré qui traduit de son accablement et de son spleen. Cet ouvrage dépeint ses errements, ses doutes, et emprunte tantôt au lexique mystique tantôt au symbolisme. Cette œuvre méconnue influencera grandement Charles Baudelaire, qui en 1847, rend hommage à Samuel Jones au travers d’une nouvelle, Le Fanfarlo (publiée en janvier 1847 dans le Bulletin de la Société des Gens de Lettres), dans laquelle un personnage du nom de Samuel Cramer (allusion à peine voilée à Samuel Jones) est dépeint en ces termes : « Samuel a le front pur et noble, les yeux brillants comme des gouttes de café, le nez taquin et railleur, les lèvres impudentes et sensuelles, le menton carré et despote, la chevelure prétentieusement raphaélesque. – C’est à la fois un grand fainéant, un ambitieux triste, et un illustre malheureux ; car il n’a guère eu dans sa vie que des moitiés d’idées. Le soleil de la paresse, qui resplendit sans cesse au dedans de lui, lui vaporise et lui mange cette moitié de génie dont le ciel l’a doué. Parmi tous ces demi-grands hommes que j’ai connus dans cette terrible vie parisienne, Samuel fut, plus que tout autre, l’homme des belles œuvres ratées ; – créature maladive et fantastique, dont la poésie brille bien plus dans sa personne que dans ses œuvres, et qui, vers une heure du matin, entre l’éblouissement d’un feu de charbon de terre et le tic tac d’une horloge, m’est toujours apparu comme le Dieu de l’impuissance, – Dieu moderne et hermaphrodite, – impuissance si colossale et si énorme qu’elle en est épique ! »

Samuel Jones, las de la France, décide de s’enfuir loin du remue-ménage européen en juillet 1809. Il fait escale en Sicile, puis à Malte le 21 août 1809. Il y retrouve Byron, avec qui il se dispute. Il engage une correspondance avec lui, teintée de fiel, tantôt le dévalorisant ou l’insultant (il y a notamment plusieurs allusions à la bisexualité de Byron). Ce dernier, amusé de l’échange, lui répond assez vertement (insistant sur son vide sexuel), ce qui agace encore plus Samuel.

Apprenant que Byron projette un voyage dans l’Empire Ottoman, et particulièrement en Grèce et à Constantinople, il décide lui aussi de partir vers l’Orient début octobre 1809. Il se rend en Épire et visite Missolonghi, puis l’Achaïe et Patras, avant de s’embarquer pour l’île d’Ithaque et l’île de Corfou. Puis il part pour le Péloponnèse (Olympie, Sparte) avant de remonter vers l’Attique. Il retrouve Byron à Athènes au début de l’année 1810, avec qui il se dispute encore et en vient aux mains. Puis il remonte vers Thèbes, Delphes et enfin les Thermopyles. C’est dans ce lieu chargé d’histoire qu’il commence à rédiger son ouvrage majeur : War of senses (La Guerre des Sens), œuvre mystico-contemplative, empreinte d’histoire grecque, de mélancolie et de regrets, que Byron désignera comme une « fumisterie mystificatrice » après en avoir lu les premières ébauches.

C’est après avoir appris la mort de son père en avril 1810, et après une dernière dispute avec Byron à Constantinople en juillet 1810 qu’il décide de rentrer en Angleterre.

3-  Retour aux affaires

De retour à Exeter, il reprend en main le commerce de son père, s’éloignant pendant une décennie de l’écriture et de la littérature. Il épouse en 1814 une jeune amie de sa mère Augusta Wade avec qui il a deux enfants : Percy et Mary.

Mais divers problèmes surviennent : sa mauvaise gestion des affaires, ses infidélités répétées avec les prostituées d’Exeter, son désir de s’afficher parmi les riches bourgeois de la ville en dépensant sans compter, son alcoolisme et sa dépendance à l’opium venu de Chine. Il se retrouve ruiné et harcelé par les huissiers.

En octobre 1821, il abandonne sa femme et ses deux enfants, s’exile d’Angleterre et retourne en France afin d’échapper à ses créanciers.

4-  Trafics et Exils

À Paris, il s’adonne à la débauche sous toutes ses formes, vit aux crochets de riches maîtresses séduites par sa verve et son insolence à l’encontre d’une « Europe phagocytée par le Traité de Vienne » selon ses propres termes. Il rédige plusieurs poèmes et pamphlets incendiaires contre les conservateurs européens (Le nez de Metternich, La langue de Talleyrand) et surtout contre la Restauration en France : À Monsieur le Roi, Les Désinvoltes, Les Prémices de la Révolte, et surtout le fameux texte Les Sodomites du Palais Bourbon dirigé à l’encontre du mouvement ultraroyaliste, et visant en particulier le Président du Conseil Joseph de Villèle et son garde des Sceaux Pierre-Denis de Peyronnet. Ce dernier texte, et le scandale qu’il provoqua, le poussa à quitter la France en février 1823, après s’être caché dans plusieurs villes de province.

Il s’exile alors dans le Royaume des Deux-Siciles et s’adonne au trafic d’armes à destination des Grecs. En septembre 1823, séduit par l’idée de retourner en Grèce, pays qu’il a toujours affectionné et dont il chante la gloire dans War of senses (La Guerre des Sens), il s’engage au côté des indépendantistes grecs et participe au deuxième siège de Missolonghi contre les troupes Turques de Mehémet-Pacha. Lorsque Byron débarqua dans la ville le 5 janvier 1824, Samuel entra dans une rage folle, criant à travers toute la ville « Mais il ne pourra jamais me laisser en paix ! » et dénonçant « le coup de force de ce maudit pédéraste abruti par sa propre gloire ». Écœuré, il abandonne la Grèce un mois plus tard et s’exile dans la colonie du Cap britannique.

En Afrique du Sud, il vit de divers trafics (armes, alcool, drogue). Arrêté une première fois, il est emprisonné pendant six ans (de 1824 à 1830). En prison, il rédige ses derniers ouvrages : In Memory of Old Ones (En mémoire des Anciens), recueil de poèmes ayant pour thème la Grèce antique, et Drift of heroism (La dérive de l’héroïsme) centré autour de sa vie morale et amorale, de sa rivalité avec Byron (dont il a appris la mort en arrivant au Cap) et de ses choix heureux ou malheureux. Ce dernier ouvrage, triste et joyeux suivant les textes lus, dépressif et plein d’espoir, illustre parfaitement l’état d’esprit d’un homme à la dérive, ne sachant plus à quel saint se vouer.

Dès sa sortie de prison, il reprend ses trafics avec ses anciens comparses. Menacé d’être arrêté une deuxième fois, il s’enfuit avec un complice portugais et gagne le Mozambique en Mars 1834.

5-  Une fin dans la débauche

Après deux années passées au Mozambique à faire commerce dans la traite d’esclave, il décide de partir lorsque l’abolition de l’esclavage est décrétée par le Portugal en 1836. Il se rend alors à Macao (alors territoire portugais) et s’adonne à une nouvelle vie de débauche où il vit du trafic de femmes et d’opium. Un de ses camarades de Macao le décrira en ces termes à la fin de sa vie : « Il errait de fumeries en maison de passe, véritable hère meurtri et décharné par une vie de fantôme, à chercher une gloire qu’il n’avait fait qu’effleurer et qui toujours lui avait été ravie du bout des doigts ».  Samuel Jones meurt le 20 avril 1839 d’une occlusion intestinale due à sa toxicomanie.

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